Le président du Gosplan, Nicolaï Baïbakov, ne s'en cache pas dans son intervention devant le Soviet suprême le 23 novembre : la réalisation du XIe Plan quinquennal (1981-1985) a pris, au cours des deux premières années, un retard qui ne pourra pas être rattrapé en 1983, d'autant que tous les objectifs ont été révisés en baisse. La production industrielle n'augmente que de 2,8 % contre 4,7 % prévus, et la croissance du revenu national est inférieure d'un point au plan. Même retard pour la production d'électricité ou de gaz naturel.

Pour le pétrole, dont la production est stagnante, Moscou doit réduire ses livraisons à ses satellites. Quant à la récolte des céréales, le ministre de l'Agriculture annonce, sans autre précision, qu'elle sera « plus faible que prévu ». On en a pour preuve l'empressement avec lequel Moscou accepte, en août 1982, la prorogation d'un an de l'accord avec Washington, qui se traduira par la vente à l'URSS de 23 millions de t de céréales américaines.

Pour le niveau de vie du Soviétique, enfin, dont Youri Andropov promet, dès les premiers jours de son intronisation, « un relèvement continu », les perspectives restent sombres. Le salaire moyen des ouvriers et des employés ne progressera en 1983 que de 1,9 % et celui des kolkhoziens de 2,1 %.

Conscient des pesanteurs du système, Y. Andropov veut le bousculer quelque peu, en accroissant notamment l'autonomie des entreprises et en prônant la décentralisation de l'industrie des biens de consommation. Convaincu que, pour sortir du marasme, la productivité doit devenir « l'indice principal d'efficacité économique », il annonce qu'il faut « mettre en place des cadres politiquement mûrs, imaginatifs, ayant un esprit d'initiative et le sens de l'innovation ». Langage nouveau que les premiers remaniements semblent illustrer, mais dont on ne saura que dans plusieurs mois s'il annonce un réel changement ou s'il est seulement l'expression d'un vœu pieux.

En politique extérieure, les dossiers principaux sont au nombre de quatre : Pologne, Afghanistan, relations Est-Ouest, Chine.

Dans le premier cas, le pragmatisme dont on crédite Y. Andropov devrait l'amener à laisser le général Jaruzelski mener seul une politique qui semble commencer à porter ses fruits. Il ne suivrait d'ailleurs en cela que la stratégie du Kremlin de ces six derniers mois, caractérisée par un silence peut-être tactique, mais évident. Seul changement : l'aveu implicite que « la nécessaire confiance et la compréhension » ne règnent pas parfaitement entre les peuples polonais et soviétique.

Enlisement

Dans le deuxième cas, l'Afghanistan, l'enlisement soviétique reste patent. Tandis que les États-Unis accusent l'URSS, fin novembre, d'avoir renforcé sa présence militaire, la portant à 105 000 hommes, les mouvements de résistance continuent leur combat. L'arrivée de Y. Andropov, qui, selon un transfuge soviétique, se serait opposé à l'invasion du pays fin décembre 1979, laisse planer l'espoir d'un règlement pacifique basé sur un retrait des forces soviétiques, en échange d'une reconnaissance internationale de la neutralité de l'Afghanistan, dont personne ne doute, néanmoins, qu'il resterait dans l'orbite de Moscou. Possible intermédiaire dans l'affaire, Zia ul-Haq, président du Pakistan, déclare le 16 novembre, retour de Moscou, avoir eu avec Y. Andropov une conversation « très utile et très fructueuse ».

Si la levée le 13 novembre de l'embargo américain sur les fournitures destinées au gazoduc euro-sibérien, tout en permettant à Moscou de démontrer le côté velléitaire de la politique américaine, détend quelque peu les relations, la menace d'installation fin 1983 de fusées Pershing-2 en Europe pour contrebalancer la présence des SS-20 reste la pomme de discorde essentielle.

Missiles

Le Kremlin, qui a dépensé 15 millions de dollars en 1981 pour financer des campagnes pacifistes en Europe occidentale, continue sur cette lancée, jouant tout à la fois de la carotte et du bâton. Bonn et Paris sont particulièrement visés par cette politique de séduction, tandis que Washington, pour sa part, subit au contraire l'assaut du Kremlin.