En fait, Menahem Begin, en procédant à cette nouvelle invasion du Liban, poursuit trois objectifs : l'anéantissement de l'appareil politico-militaire de l'O.L.P., l'expulsion de l'armée syrienne du territoire libanais et l'instauration, à Beyrouth, d'un pouvoir fort disposé à signer un traité de paix avec Israël. Fin 1982, force est de constater que ces buts de guerre sont loin d'être atteints et que le Liban n'a pas obtenu cette paix tant attendue par son peuple.

Depuis longtemps déjà, le nom des Gemayel est attaché à l'histoire du Liban moderne. Bien avant que les troupes israéliennes n'interviennent, celui de Béchir Gemayel, chef respecté et redouté des Forces libanaises (chrétiennes), est avancé comme un successeur possible du président Sarkis, dont le mandat présidentiel arrive à expiration en septembre 1982.

Gemayel

Les événements se précipitant, l'armée israélienne étant aux portes de Beyrouth, Béchir apparaît comme le seul capable d'imposer une nouvelle autorité légale au Liban. Des relations anciennes établies avec Israël laissent supposer qu'il saura mieux obtenir de l'occupant israélien un retrait rapide aux meilleures conditions. Une forte opposition de la gauche libanaise dénonce cette collusion et redoute de lui voir appliquer un « projet fascisant », selon Walid Jumblatt, président du Mouvement national libanais, le 20 août. Béchir Gemayel est élu président de la République le 23 août.

Le nouveau président, tendant la main aux musulmans, prêche la réconciliation et l'unité et prend ses distances à l'égard des Israéliens. Tous les espoirs sont soudainement brisés lorsqu'une charge explosive détruit le siège du parti phalangiste à Achrafieh et l'ensevelit sous les décombres, le 14 septembre 1982.

L'annonce de sa mort provoque la consternation des Libanais et l'émotion du monde entier. Aussitôt connue la nouvelle, l'armée israélienne prend progressivement position dans toute la capitale libanaise, que les derniers combattants palestiniens ont quittée sous la protection de la Force multinationale (1er septembre). Animées d'un désir de vengeance, des unités phalangistes, introduites par l'armée israélienne dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, s'y livrent à des massacres (16-18 septembre) qui soulèvent l'indignation. On craint le pire et surtout la reprise de la guerre civile. Mais l'élection d'Amine Gemayel le 21 septembre, à la majorité des voix au premier tour de scrutin, et le retour d'une Force multinationale de sécurité, le 23 septembre, apaisent momentanément les tensions.

Amine Gemayel

Intervenant après la disparition tragique de son frère Béchir, l'élection d'Amine Gemayel, le 21 septembre, à la présidence de la République n'est pas une surprise. Considéré comme un modéré — il avait pris très tôt dans la guerre du Liban ses distances avec son frère —, il est mieux admis par les musulmans et les progressistes. Né à Bickfaya en 1942, Amine adhère naturellement très jeune au parti Kataëb, fondé par son père, Pierre. Étant l'aîné, il lui revient d'être le politique du clan Gemayel. Il est élu député du Metn-Nord à la mort de son oncle Maurice (1970). Réélu (1972), il doit céder cependant progressivement le pas à son cadet, Béchir, plus volontariste, devenu le commandant de la milice phalangiste en août 1976. Membre d'office du Bureau politique phalangiste, il lui arrive fréquemment de se heurter à la tendance dure, dont il déplore les violences, surtout quand celles-ci impliquent Béchir : tuerie d'Ehden (13 juin 1978) et élimination des milices de Camille Chamoun (7 juill. 1980). Président, depuis 1977, d'une Maison du Futur, un complexe culturel groupant un centre très moderne de recherches et un institut d'études stratégiques, Amine Gemayel maintient ouvert un dialogue avec tous, y compris avec les Palestiniens. Lorsque Béchir se déclare candidat et malgré ses réticences au départ, il fait campagne sans arrière-pensée pour lui. À la mort du jeune président élu, sa détermination le désigne aussitôt pour lui succéder.

Incertitudes

Dès sa prise de fonction, le nouveau président affirme « l'arabité naturelle du Liban », message qui s'adresse aussi bien aux Libanais musulmans qu'aux Israéliens. Mais il ne tarde pas à mesurer le poids des occupations étrangères : 100 000 Israéliens dans le Sud, 35 000 Syriens dans le Nord et l'Est, et des milliers de Palestiniens armés de Tripoli à Baalbek.