En août, le chef de l'État interdit à l'Organisation des homosexuels et lesbiennes du Zimbabwe (GALZ, Gays and Lesbians of Zimbabwe) de participer à la Foire internationale du livre de Harare. Il déclare « immorales et répugnantes » les organisations de ce genre, ce qui provoque une réaction indignée de la romancière sud-africaine Nadine Gordimer, prix Nobel de littérature. Le programme de redistribution des terres au profit des paysans noirs marque le pas. Les 4 500 fermiers blancs, producteurs de tabac et de maïs, exploitent 30 % de la surface cultivable et fournissent une bonne partie des recettes du pays. Le pouvoir hésite visiblement à les exproprier en masse.

Chrono. : 9/04.

Mozambique

Le président Joaquim Chissano, chef du FRELIMO, l'ancien parti unique, réélu en octobre 1994, reste opposé à tout partage du pouvoir avec la RENAMO, le parti d'opposition dirigé par Afonso Dhlakama. Aux élections législatives d'octobre 1994, le FRELIMO avait remporté 121 sièges, le RENAMO 112 et l'Union démocratique 9. Le gouvernement refuse cependant de former un gouvernement d'union nationale et de nommer des membres de la RENAMO gouverneurs de province.

En mai, A. Dhlakama, qui réclamait le statut de leader officiel de l'opposition, en principe incompatible avec le fait qu'il n'est pas un membre élu du Parlement, refuse le « statut spécial » que lui a proposé le chef de l'État. La réinsertion des anciens soldats du FRELIMO et des anciens rebelles de la RENAMO, ainsi que celle des réfugiés revenus des pays voisins, continue de poser de graves problèmes. L'inflation a atteint 70 % en 1994.

Lesotho

Le roi Moshoeshoe II est rétabli sur le trône en janvier, après l'abdication de son fils Letsie III, compromis en août 1994 dans le coup d'État manqué de l'armée contre le Premier ministre Ntsu Mokhehle. En 1990, N. Moshoeshoe avait été contraint de s'exiler par le régime militaire du général Justin Lekhanya.

Swaziland

Au début de l'année, plusieurs bâtiments publics, dont celui du Parlement, sont la cible d'incendies criminels (qui ne font pas de victimes). Swaziland Youth Congress (SWAYOCO) et le People's United Democratic Movement (PUDEMO) réclament des réformes démocratiques. En février, les étudiants organisent, avec le soutien de la fédération des syndicats, une marche sur le palais royal pour réclamer la réintégration de camarades renvoyés. Dans un discours très acclamé par les manifestants, le roi Mswati III finit par annoncer leur réintégration dans l'université.

Botswana

Le ministre des Affaires présidentielles, Ponatshego Kedikilwe, intime à la presse et à la radio gouvernementale l'ordre de ne plus couvrir les activités des partis d'opposition. Le Botswana National Front (BNF, opposition de gauche), qui compte 13 députés, s'élève contre cette directive.

Namibie

En août, le gouvernement décide une réduction des dépenses publiques pour faire face à la sécheresse. En octobre, des incidents entre la police et d'anciens guérilleros de la South West Africa People's Organization (SWAPO, parti au pouvoir) font douze blessés. Les anciens guérilleros demandent à être engagés dans l'armée ou la police.

Afrique du Sud

Le président Nelson Mandela poursuit sa politique de réconciliation nationale entre les différentes communautés raciales, mais il doit faire face à l'impatience de la communauté noire, qui réclame une amélioration de son sort, et à la persistance de la violence en pays zoulou. Il illustre son désir de gagner la confiance de la communauté blanche par des gestes spectaculaires : félicitations à l'équipe de rugby sud-africaine (presque entièrement blanche) qui a remporté en juin la Coupe du monde de rugby à Johannesburg, visite en août à la veuve de l'ancien Premier ministre blanc Hendrik Verwoerd, un des architectes de l'apartheid.

Cependant, en pays zoulou, les affrontements sanglants entre des militants de son parti, le Congrès national africain (ANC), et militants du parti Inkatha du chef Mangosuthu Buthelezi alourdissent le climat politique. Les travailleurs noirs manifestent à plusieurs reprises leur mécontentement par des grèves pour obtenir des augmentations de salaire. En avril, le président limoge de son poste de vice-ministre des Arts et de la Culture Winnie Mandela, son épouse, dont il est séparé ; considérée comme un des chefs de file de l'aile radicale de l'ANC, cette dernière venait d'être impliquée dans une affaire de pots-de-vin. Nelson et Winnie Mandela entament en août une procédure de divorce.