Selon l'OMC, les arrangements régionaux (avec création de blocs commerciaux) ne devraient pas porter atteinte au multilatéralisme, dans la mesure où ces blocs contribueront à augmenter les flux commerciaux intrarégionaux et interrégionaux et à faciliter les négociations multilatérales en réduisant le nombre des partenaires. Cependant, ce jeu peut être faussé par un acteur majeur comme les États-Unis, poursuivant d'autres objectifs, notamment ceux d'un accroissement à tout prix des débouchés pour son industrie. Ainsi, dans le cas de l'Asie du Sud-Est et du Japon, les Américains ont poussé à la création d'une zone de libre-échange, l'APEC (Asian Pacific Economic Commission), largement dans l'idée de réduire leur déficit commercial avec le Japon (60 milliards de dollars, en 1993) et la Chine (28 milliards). Un tel projet heurte évidemment de front les pratiques protectionnistes des pays de l'Asie du Sud-Est et du Japon.

Renato Ruggiero, président de l'OMC, déclare : « Si vous bloquez les biens aux frontières, alors arrivent les travailleurs étrangers. Si vous les bloquez à leur tour, risquent d'arriver un jour finalement les soldats, la guerre et la violence. » Et aussi : « Le protectionnisme a fait long feu, c'est comme si, pour empêcher les conséquences négatives sur l'emploi de l'innovation technologique, on prétendait refuser le progrès. »

Gilbert Rullière
Directeur de recherches au CNRS
Professeur à l'université de Lyon-I.