Ces 155 propositions sont structurées par quatre idées essentielles : assurer à tous les enseignés la maîtrise de la langue française en développant à tous les niveaux, et en particulier à l'école élémentaire, l'apprentissage de la lecture ; développer le savoir-faire des élèves, notamment par la multiplication des études surveillées d'une demi-heure chaque soir à l'école et au collège avec, en contrepartie, la suppression des devoirs à la maison ; faciliter l'accès de tous les enfants à la culture en introduisant l'enseignement de la musique et d'une langue vivante dès l'école élémentaire, à raison de 15 minutes quotidiennes par matière, en rendant obligatoire l'enseignement d'une seconde langue vivante en 4e, en rendant possible l'accès aux langues mortes, avec le latin dès la 5e, le grec à partir de la 3e dans le cadre d'un système comportant deux autres options (sciences expérimentales et technologie) ; permettre la « transmission des valeurs » grâce à l'importance accrue accordée à l'éducation civique dans les classes de collège. Soucieux moins d'imposer que de convaincre, François Bayrou laisse aux divers partenaires du système éducatif de nombreuses libertés : ainsi, les parents d'élèves, par le relais du conseil départemental de l'Éducation nationale, pourront choisir, ou refuser, la semaine de 4 jours grâce à la libération du samedi matin, solution qui bénéficie de la faveur du ministre ; les professeurs débutants auront la possibilité de refuser leur nomination à un poste difficile, rebaptisé « poste à profil », etc.

Une première : la réussite de la rentrée scolaire

Dès le jour de la rentrée officielle, le jeudi 8 septembre, des mesures, peu coûteuses, mais pas nécessairement peu efficaces, sont appliquées. L'aide au travail personnel est instituée à l'école ainsi qu'en 6e, dans 368 collèges expérimentaux ; l'acquisition d'une « morale de responsabilité » entre dans le champ du programme d'éducation civique à l'école primaire, où la priorité des priorités doit être désormais accordée à la maîtrise de la langue française. Le collège est réorganisé en 3 cycles : d'observation (6e), d'approfondissement (5e et 4e) et d'orientation (3e). Enfin, la rénovation pédagogique des lycées, engagée depuis 1992, s'achève avec la mise en place de nouvelles terminales et la création de nouveaux baccalauréats, notamment dans l'enseignement général, où les élèves sont regroupés dans 3 séries « égales en dignité » : littéraire (L, et non plus A1, A2 et A3), scientifique (S, et non plus C et D), économique et sociale (ES, et non plus B). Ce système est conçu pour mettre un terme à la primauté absolue des mathématiques et de la série C.

Favorisé par une légère diminution des effectifs scolarisés (– 4 000), François Bayrou réussit une rentrée sans bavures, malgré quelques incidents ponctuels. Les parents ne protestent pas contre le manque d'enseignants et de locaux, les syndicats, affaiblis par leurs divisions (FFN, FSU), ne contestent pas la politique d'un gouvernement dont ils espèrent qu'il sera financièrement lié par le vote, en décembre, de la loi de programmation scolaire. En octobre, la rentrée universitaire se déroule dans des conditions moins harmonieuses : amphithéâtres bondés et manque d'enseignants. À cela s'ajoute le malaise du CNRS où les personnels redoutent une baisse drastique des crédits à la recherche.

Toutefois, M. Bayrou va lui-même relancer la polémique le 20 septembre, en adressant une circulaire aux chefs d'établissement leur enjoignant, au nom du principe de la laïcité, d'interdire aux élèves le port de signes religieux « ostentatoires ». En clair, il s'agit de préciser la position de l'État sur la question – récurrente depuis 5 ans – du foulard islamique, d'autant plus que la jurisprudence du Conseil d'État en la matière reste imprécise, sinon contradictoire. Là encore, les syndicats enseignants approuvent globalement la démarche du ministre sur un problème où non seulement la laïcité mais aussi la résistance à l'intégrisme et le statut de la femme sont en jeu. D'autres, cependant, voient davantage dans cette initiative une volonté de séduire un certain électoral conservateur, à quelques mois des présidentielles, au risque de marginaliser un peu plus la communauté musulmane et d'envenimer des situations locales, qui, souvent, se règlent à l'amiable et sans publicité. Le débat, relancé en octobre par l'exclusion de plusieurs jeunes filles voilées d'un lycée lillois dépasse les frontières politiques habituelles.

André Legrand, le Système E, Denoël, 1994.

Pierre Thibault