Par des observations menées dans les domaines millimétriques et submillimétriques à l'aide du radiotélescope de 30 m de l'IRAM (Institut de radioastronomie millimétrique) situé sur le Pico de Veleta, en Espagne, et du JCMT (James Clerk Maxwell Telescope) de 15 m implanté sur le Mauna Kea, à Hawaii, une équipe franco-britannique a peut-être identifié pour la première fois, en 1993, une authentique proto-étoile (étoile en formation). Celle-ci, désignée sous le matricule VLA 1623, est située dans le nuage interstellaire dense Rho Ophiuchi. Elle se présente comme un globule sombre très froid (20 K), d'environ 0,6 fois la masse du Soleil, entourant un noyau central de moins de 0,1 masse solaire. Son diamètre représente 20 fois environ celui du système solaire. Son âge n'excéderait pas quelques milliers d'années et ce n'est que dans 100 000 ans, voire 1 million d'années, qu'elle deviendra une véritable étoile, alimentée en énergie par des réactions thermonucléaires.

À l'autre extrémité de la chaîne d'évolution stellaire, la supernova SN 1993J, découverte le 28 mars par l'astronome amateur espagnol Francisco Garcia Diez, dans la galaxie spirale M 81, située au cœur de la Grande Ourse, à 11 millions d'années de lumière, constitue la supernova la plus brillante observée depuis 20 ans, excepté SN 1987A, repérée en 1987 dans le Grand Nuage de Magellan, une petite galaxie 60 fois plus proche. L'étoile progénitrice, retrouvée sur des clichés antérieurs, était une supergéante rouge, dix fois plus massive que le Soleil. D'intéressantes comparaisons peuvent désormais être effectuées entre SN 1987A et SN 1993J, les deux supernovae pour lesquelles on dispose de la plus belle moisson de données.

Collision annoncée d'une comète avec Jupiter

Un chapelet d'une vingtaine de fragments : tel est l'aspect insolite que présentait la cinquième comète de 1993 lors de sa découverte, le 24 mars, par les Américains Eugene et Carolyn Shoemaker et David Levy. Selon les spécialistes, cette comète, la neuvième identifiée par le trio Shoemaker-Levy (d'où son nom de Shoemaker-Levy 9), s'est brisée sous l'effet des forces de marée colossales auxquelles elle a été soumise en passant près de Jupiter le 8 juillet 1992. Ses fragments gravitent à présent autour de la planète géante sur une trajectoire qui devrait les amener à la percuter le 21 juillet 1994. Les calculs prévoient malheureusement que les impacts se produiront sur l'hémisphère de Jupiter plongé dans la nuit (donc invisible de la Terre), mais de nombreux instruments au sol ainsi que le télescope spatial Hubble et la sonde Galileo seront mis à contribution pour tenter d'observer les perturbations qui pourraient en résulter dans l'atmosphère jovienne.

L'oxygène interstellaire enfin détecté ?

Par le calcul, on sait que l'oxygène est, par son abondance, le troisième élément chimique de l'Univers, après l'hydrogène et l'hélium. Mais l'atmosphère terrestre, riche en oxygène et en vapeur d'eau, empêche pratiquement toute observation à partir du sol des diverses espèces chimiques sous lesquelles il se présente. Depuis la fin des années 60, grâce aux progrès accomplis dans le domaine des récepteurs de radioastronomie, nombre de molécules dans la composition desquelles entre l'oxygène ont cependant pu être identifiées dans le milieu interstellaire. L'oxygène moléculaire (deux atomes d'oxygène liés l'un à l'autre), malgré son abondance supposée, manquait toutefois encore à l'appel. Au terme d'une série d'observations effectuées durant l'hiver 1992-93 à l'aide d'un petit radiotélescope de 2,5 m de diamètre implanté sur le plateau de Bure, près de Gap, une équipe franco-américaine, constituée de William Langer, Alain Castets et Laurent Pagani, pense l'avoir enfin détecté, dans un nuage moléculaire de la constellation du Scorpion. Cette découverte, si elle est confirmée, apportera une information capitale pour la connaissance du milieu interstellaire et la compréhension des processus conduisant à la formation des étoiles.

Espace

Les vols habités

Aux États-Unis, sept vols de la navette ponctuent l'année. Mais un seul décollage a lieu à la date prévue, tous les autres étant différés par des incidents techniques ; l'une des missions se voit même retardée de deux mois, avec cinq reports de lancement successifs ! Parmi les événements les plus marquants figurent : à la fin d'avril et au début de mai, le vol Spacelab D2, seconde mission du laboratoire Spacelab financé par l'Allemagne, destinée à des expériences intéressant la métallurgie, la physique des matériaux, la robotique, la médecine et la biologie, avec la participation de deux astronomes allemands ; à la fin de juin, le premier vol du petit laboratoire privé Spacelab, destiné à la réalisation d'expériences conçues en vue d'applications commerciales (par exemple la fabrication de produits pharmaceutiques), et la récupération dans l'espace (le 24 juin) de la plate-forme scientifique et technologique européenne Eureca, mise en orbite le 31 août 1992 ; en septembre, le largage, puis la récupération six jours plus tard, d'une plate-forme scientifique allemande réutilisable, Orfeus-SPAS, munie d'un télescope opérant dans l'ultraviolet ; à la fin d'octobre et au début de novembre, un vol d'une durée record de 14 jours, avec le laboratoire Spacelab SLS-2, pour l'étude des effets de l'apesanteur sur les organismes vivants ; enfin, en décembre, la première mission de réparation en orbite du télescope spatial Hubble, satellisé en 1990. Celle-ci est un succès total : le télescope est doté d'un dispositif optique correcteur et ses panneaux solaires sont changés.