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Politique étrangère

Alors qu'ils tentaient de trouver les moyens d'intervenir pour mettre un terme aux tragédies vécues par certains peuples européens et surtout extra-européens, le président de la République et les responsables de la politique étrangère française ont été surpris par l'effondrement du monde communiste. Qu'il s'agisse de l'unification de l'Allemagne ou de l'indépendance des nations qui formaient l'ancien empire soviétique ou la Yougoslavie, M. François Mitterrand a d'abord essayé de retarder les évolutions, et, à l'instar de Metternich, de conserver le statu quo international ; ensuite, le chef de l'État a cherché à rattraper les erreurs commises.

L'année des initiatives

Si elles ont diversement abouti, les initiatives françaises au moment de la crise du Golfe ont eu le mérite de l'originalité : le 5 janvier, M. Michel Vauzelle, président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, est allé rencontrer le président Saddam Hussein à Bagdad ; le 14, la France a proposé un ultime plan de paix au Conseil de sécurité de l'ONU, que les États-Unis et le Royaume-Uni n'ont cependant pas voulu soutenir. Le 5 avril, le Conseil de sécurité a voté une résolution française en faveur des Kurdes à nouveau pourchassés par Saddam Hussein ; puis l'insistance de Paris ainsi qu'une campagne de presse américaine ont conduit le président Bush à accepter le 16 l'envoi dans le nord de l'Irak d'une force de protection à laquelle militaires français et britanniques se sont ensuite joints.

Coprésidente, avec l'Indonésie, de la conférence sur le Cambodge, la France a joué un rôle déterminant dans le processus qui a abouti à l'accord de paix signé à Paris le 23 octobre. Le Quai d'Orsay a trouvé un compromis qui a permis la conclusion du cessez-le-feu.

Sur le Vieux Continent, les démarches françaises ont été pour le moins intempestives. L'idée de Confédération européenne avancée par M. François Mitterrand a subi un demi-échec lors des assises tenues à Prague du 12 au 14 juin. Le président de la République avait déclaré que les nouvelles nations indépendantes d'Europe orientale devraient « attendre des dizaines d'années » avant de pouvoir adhérer à la Communauté européenne. Le président a dû plus tard nuancer quelque peu ses propos.

Également malencontreuse a été l'intervention télévisée du chef de l'État du 19 août à propos du putsch qui venait d'avoir lieu à Moscou. En parlant des « dirigeants » soviétiques actuels qui seraient « jugés sur leurs actes », en ne condamnant pas nettement leur action et en s'abstenant d'apporter son soutien à Mikhaïl Gorbatchev, le président français a donné l'impression de les accepter immédiatement comme ses nouveaux et légitimes interlocuteurs, même si, quelques heures plus tôt, il leur avait demandé de garantir la vie et la liberté de MM. Gorbatchev et Eltsine.

Lors de son voyage en Allemagne orientale, du 18 au 20 septembre, M. François Mitterrand a dissipé en partie le malaise qui régnait entre Paris et Bonn. Cette crise était due à la fois à la méfiance du chef de l'État français vis-à-vis de l'unification allemande et à l'attitude des responsables d'outre-Rhin, plus préoccupés de leurs problèmes nationaux que de l'union européenne. Depuis lors, l'initiative prise le 14 octobre par MM. François Mitterrand et Helmut Kohl en faveur d'une politique étrangère et de sécurité commune aux Douze a montré que la coopération franco-allemande se portait relativement bien. Les deux dirigeants ont proposé la création d'un corps franco-allemand, qui serait le noyau d'une future armée européenne.

Laurent Leblond

Défense

En 1991, l'actualité de la défense a été placée sous le double signe de la détente Est-Ouest et de la tension Nord-Sud. La réunification allemande se traduira, comme l'a annoncé Pierre Joxe, ministre de la Défense, par la dissolution en deux ans de deux divisions blindées et de quatre régiments d'artillerie, dans le cadre du retrait des Forces françaises en Allemagne (FFA). Parallèlement, Français et Allemands ont présenté en octobre un projet de politique étrangère et de défense communes. Essentiellement politique, celui-ci prévoit la création d'un corps d'armée franco-allemand de 30 000 à 40 000 hommes avec un état-major basé à Strasbourg. Selon Paris, il s'agira du « noyau d'un corps européen pouvant inclure les forces d'autres États membres de l'UEO » (Union de l'Europe occidentale : les douze de la CEE moins l'Irlande, la Grèce et le Danemark). L'initiative franco-allemande ne pouvait que susciter la méfiance des États-Unis et de leurs alliés dans l'OTAN, voire l'hostilité de certains membres de l'Alliance comme l'Italie et la Grande-Bretagne dont le chef de la diplomatie, Douglas Hurd, déclarait « inutile et dangereux de dédoubler ce que fait l'OTAN en Europe ».