Journal de l'année Édition 1991 1991Éd. 1991

Toutes causes confondues, jamais il n'y eut si peu de décès. La France est un des rares pays du monde, avec le Japon, la Suède et les Pays-Bas, où les femmes vivent en moyenne plus de 80 ans. On regrette de ne pouvoir en dire autant des hommes, dont les goûts pour l'alcool, le tabac et le risque restent meurtriers et coûteux. En 20 ans, la vie moyenne des hommes a progressé de 5,1 ans, celle des femmes de 5,6 ans, ce qui est satisfaisant mais a accru l'écart.

Le principal sujet d'intérêt démographique reste l'immigration étrangère. À la crainte d'un afflux en provenance du sud de la Méditerranée s'est ajoutée celle de l'arrivée abondante de ressortissants de l'Est européen. Le chancelier Kohl, approuvé par ses électeurs, paye fort cher pour que ses concitoyens de l'Est restent chez eux, tandis que les Israéliens préfèrent, de façon tout aussi coûteuse, accueillir des flux importants d'émigrants. Les deux politiques montrent à l'Europe occidentale que le prix à payer pour stabiliser les populations d'Union soviétique et d'Europe de l'Est sera de toute façon élevé.

Le plus urgent pour éclairer les débats nécessaires est d'améliorer la connaissance et la compréhension des migrations internationales et des minorités linguistiques et religieuses, aussi bien en Europe qu'en Afrique du Nord.

Michel Louis Lévy

Le recensement

Huit ans après le précédent, le recensement général de la population française a été réalisé cette année au cours du mois de mars.

En France, il n'y a pas de régularité absolue pour ce genre d'opération. Il serait cependant commode que la France profite de la date « ronde » de 1990 pour s'aligner désormais sur la périodicité décennale recommandée par les Nations unies. S'il en était ainsi, le prochain recensement aurait lieu en l'an 2000.

Celui de 1990 s'est déroulé sans incident notable. L'INSEE s'est efforcé de réduire le nombre des omissions en faisant des vérifications particulières dans les villes. Dans la métropole, on a pu recenser 2 220 600 personnes de plus qu'en 1982, alors que l'excédent des naissances sur les décès a été en huit ans de 1 820 000. Les études ultérieures devraient permettre de répartir le supplément de 400 600 personnes entre le solde de l'immigration − qui était estimé à 120 000 individus avant l'enquête − et l'effet de l'amélioration de la qualité du recensement. Mais, de toute évidence, il n'y a aucune révélation à attendre sur d'éventuels « immigrants clandestins », la sous-estimation du solde migratoire sur huit ans ne pouvant guère être que de quelques dizaines de milliers. Les fraudes repérées sont, comme d'habitude, inverses : quelques municipalités manquant de peu le seuil de population qui leur permettrait d'obtenir une augmentation de leurs crédits ou d'engager davantage de conseillers municipaux n'ont pas hésité à « gonfler » artificiellement leur population.

58 452 500

L'INSEE a commencé à publier les chiffres dès le mois de juillet. Il ne s'agit que des décomptes de population par circonscriptions administratives : les résultats détaillés par sexes, âges, professions, familles, logements, nationalités, diplômes, etc., ne pourront faire l'objet d'une publication complète avant 1991. La population totale de la France métropolitaine s'élève à 56 555 700 habitants, auxquels il faut ajouter les 1 458 000 personnes qui résident dans les quatre départements d'outre-mer et qui ont été recensées en même temps, et les 439 000 que l'on avait déjà recensées les années précédentes dans les territoires et collectivités d'outre-mer. Au total, cela fait 58 452 500 personnes qui habitent dans les territoires français.

« Excédents naturels au Nord, excédents migratoires au Sud, ainsi pourrait-on résumer les évolutions de population des 22 régions depuis plusieurs décennies », indique l'INSEE (P.-A. Audirac, J.-P. Faur et A. Léry). En métropole, l'accroissement annuel moyen de la population étant de 0,50 %, le Languedoc-Roussillon (+ 1,14), la Provence-Côte d'Azur (+ 0,90), le Rhône-Alpes (+ 0,79) et l'Île-de-France (+ 0,70) sont les régions où la population a le plus augmenté depuis 1982. Par département, la palme revient à la Seine-et-Marne (+ 2,43 % par an) et à la Haute-Savoie (+ 1,75 %) grâce à de forts excédents migratoires entraînés par les chantiers d'EuroDisneyland et les jeux Olympiques d'Albertville. Autre département à fort excédent migratoire : les Alpes-Maritimes, avec 1,40 %, un taux qui est lié au « boom » immobilier de la Côte d'Azur.