Témoin encore de l'ouverture à l'Ouest et de l'ouverture des pays de l'Est à leurs propres avant-gardes du début du siècle : l'exposition Malevitch à Washington (National Gallery, septembre-novembre). Conçu à partir de la grande monographie présentée à Moscou et à Amsterdam en 1988-1989, ce nouvel hommage au peintre du Carré blanc sur fond blanc comportait cent cinquante peintures et dessins de toutes les périodes, en particulier du suprématisme.

En Europe, quantité de musées ont accueilli des expositions d'artistes soviétiques du début du siècle et d'aujourd'hui. Au début de l'année, sous le titre « De la Révolution à la Perestroïka », le musée d'Art moderne de Saint-Étienne a proposé pour la première fois un panorama de la peinture du xxe siècle en URSS (à l'exclusion du réalisme socialiste), de Gontcharova aux vedettes d'aujourd'hui, hier artistes non officiels. Peu après, on a pu découvrir, au Centre Georges-Pompidou, l'œuvre grouillante de formes et d'images microscopiques de Pavel Filonov, le moins connu de tous les représentants de l'avant-garde des années 10 et 20. Durant l'été, à Venise, « Russie 1900-1930 : art de la scène » présentait deux cents dessins de décors et de costumes (du musée Bakhrouchine de Moscou) inconnus en Europe occidentale qui permettaient de mesurer l'importance de l'espace théâtral russe comme lieu de recherches esthétiques. À l'automne, c'était au tour du Stedelijk Muséum d'Amsterdam de proposer son exposition d'artistes soviétiques avec « URSS aujourd'hui : peintures ».

D'aujourd'hui et d'avant-hier

Les manifestations d'art contemporain n'ont pas manqué, de tous côtés, tout au long de l'année. On ne saurait en faire l'inventaire. Parmi les plus importantes qui ont eu lieu en France, il faut citer l'excellente rétrospective Miré de la fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence ; la première grande exposition posthume de l'œuvre d'Andy Warhol, le pape du pop'art et de l'Amérique des sixties, qui, partie de New York, a circulé dans plusieurs musées d'Europe avant de faire étape au Centre Georges-Pompidou ; l'exposition d'art minimal organisée par le musée d'Art moderne de la Ville de Paris autour d'œuvres provenant de la collection d'un industriel italien, le comte Panza di Biumo. Il faut enfin rappeler le grand rendez-vous international de l'art actuel qu'est la Biennale de Venise, dont la présente édition reflétait parfaitement l'éclectisme de la création d'aujourd'hui, volontiers fourre-tout.

1990 a été également l'année du bicentenaire de la naissance de Champollion, auquel l'Europe a rendu un bel hommage à Strasbourg, où plus de trois cents pièces, dont beaucoup avaient été découvertes et acquises par notre déchiffreur des hiéroglyphes, ont été présentées ; une exposition à laquelle tous les musées européens riches en collections d'égyptologie avaient été associés et qui a été ensuite accueillie à Paris à la Bibliothèque nationale.

À Paris, la Grèce antique a été évoquée à travers deux belles expositions de vases : l'une consacrée à l'iconographie d'Éros (« Éros grec, amour des dieux et des hommes »), au Grand Palais, l'autre à Euphronios, peintre à Athènes au vie siècle avant J.-C. (musée du Louvre). Euphronios signait parfois de son nom les cratères et les coupes qu'il décorait de figures admirablement tracées. Les archéologues ont donc pu, par rapprochements, reconstituer son style, partant le plus souvent de fragments épars. La visite pouvait faire penser à cette autre exposition passionnante proposée au musée d'Orsay quelques mois auparavant autour de l'esthétique du fragment en sculpture, en particulier chez Rodin (« Le corps en morceaux »). Les antiques parvenus incomplets jusqu'à nous, ou complétés au cours des siècles, les corps délibérément inachevés, les mains, les jambes séparées donnés comme œuvres finies par Rodin et après lui, ont bénéficié d'une vaste mise en scène. Il en a été de même des superbes pièces d'art précolombien du Mexique exposées de mars à juillet au Grand Palais.

En 1990, les responsables des grands musées du monde ont enfin montré qu'ils aimaient évoquer la grandeur et les fastes des civilisations orientales en présentant, par exemple, les trésors ottomans du xvie siècle au Grand Palais (exposition « Soliman le Magnifique », févr.-mai).