Gilbert Rullière

Matières premières

Après une chute profonde, les cours mondiaux de matières premières se sont stabilisés en 1987. Ce retour à l'équilibre ne dissimule pas l'affaiblissement du pouvoir d'achat des pays en voie de développement qui tirent de l'exportation des produits bruts l'essentiel de leurs ressources en devises. Calculés en monnaie, les indices de prix (Moody's ou Reuter) confirment cet affaiblissement de l'ordre de 20 p. 100 entre 1980 et 1983, à un point tel que les prix des produits de base ont pratiquement tous rejoint le niveau historique le plus bas du siècle, celui de la grande crise des années 1930. Par ailleurs, les matières premières non énergétiques ne représentent plus que 35 p. 100 du commerce des pays en voie de développement contre 67 p. 100 en 1970. En outre, leur part dans les échanges mondiaux ne cesse de se réduire (autour de 20 p. 100 en 1987).

Ce mouvement de baisse ne s'explique plus seulement par l'action de facteurs depuis longtemps décrits comme la surproduction latente, le ralentissement conjoncturel de la demande, la volatilité des monnaies, les innovations technologiques, le niveau élevé des taux d'intérêt (rendant très coûteuse la constitution de stocks régulateurs) et les échecs en cascade des accords sur le sucre (non renouvelés en 1985), le café (mésentente entre producteurs pour rétablir les quotas), le caoutchouc (désaccord sur la fourchette des prix garantis) et l'étain (faillite du stock régulateur).

Pour compenser les pertes de devises ou pour survivre, certains États producteurs fortement endettés n'ont pas hésité à mettre sur le marché des quantités plus importantes à bas prix ou à vendre à perte pour écouler plus. Pour aider ces pays, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a mis en place un Fonds commun des produits de base.

Gilbert Rullière

Commerce international

Selon les évaluations du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), la progression des échanges mondiaux, avec un taux de 2,5 p. 100 seulement en 1987, a continué à se ralentir par rapport à un passé immédiat. En effet, de 8,1 p. 100 d'augmentation annuelle en moyenne de 1950 à 1970, ce taux étant tombé à 4,2 p. 100 depuis lors, même si le chiffre brut avait passé la barre de 2 000 milliards en 1986. Pour l'année 1987, la stabilisation des prix énergétiques et la dépréciation du dollar tout au long de l'année expliquent ce ralentissement.

Dans le cadre de cette évolution, les nations développées ont vu leur part dans le commerce mondial s'élever encore pour atteindre 70 p. 100 contre 68 p. 100 en 1980, au détriment des régions en développement, dont la part est tombée de 21 p. 100 en 1980 à 20 p. 100. Ce recul provient de la baisse des revenus pétroliers (Moyen-Orient), de la faiblesse des prix des matières premières et de la mise en place par les pays industriels de « restrictions quantitatives » destinées à protéger les marchés intérieurs. Pour les pays les plus pauvres ou les plus endettés, la baisse des exportations a accru les difficultés de remboursement et de paiement des intérêts d'une dette désormais considérable.

Par ailleurs, l'asymétrie persistante entre le lourd déficit commercial des États-Unis (près de 200 milliards de dollars) et les impressionnants excédents de la République fédérale allemande (quelque 50 milliards) et du Japon (70 à 80 milliards environ) a suscité des tensions commerciales très fortes entre les États-Unis, l'Europe et le Japon. Ainsi, le Congrès américain, dont la majorité est protectionniste, n'a pas hésité à lancer une offensive tarifaire visant les réalisations des industries européennes (comme l'Airbus) ou japonaises (comme les semiconducteurs).

Gilbert Rullière

CEE

L'acte unique a été ratifié par tous les gouvernements de la Communauté : le 26 mai, les Irlandais l'ont approuvé par référendum. Auparavant, les Douze avaient adopté le projet Erasmus, qui facilitera la mobilité des étudiants dans la CEE. En juillet, le programme de recherche sur les technologies nouvelles, pour les années 1987 à 1992, est entré en application. Puis les ministres de l'Environnement se sont mis d'accord sur la réduction de la pollution due aux gaz d'échappement des voitures. Enfin, le 12 septembre, les ministres des Finances ont décidé de renforcer la solidarité au sein du Système monétaire européen pour éviter les réajustements imposés par la spéculation sur les devises fortes. C'est ce qui s'était produit le 12 janvier, lorsque le mark avait été réévalué de 3 p. 100. Les prix agricoles ont donc été fixés le 30 juin seulement, avec trois mois de retard. Au Conseil européen de Bruxelles, Paris et Bonn ont enfin conclu un compromis sur le démantèlement progressif des Montants compensatoires monétaires frappant certaines productions. Mais, en raison de la perpétuelle opposition du Royaume-Uni, les Douze n'ont pu arrêter le financement de la Communauté pour les années à venir. Afin d'assurer son fonctionnement, il est cependant indispensable d'accroître nettement ses ressources, comme le propose la Commission. Pour le budget de 1988, le gouvernement de Mme Thatcher subordonne son acceptation du plan Delors à la diminution des dépenses agricoles. Heureusement, dans un cadre plus large que celui de la CEE, l'Europe a enregistré deux succès. Le 15 septembre, à la conférence de Madrid, les vingt pays participant au programme Eurêka de coopération technologique ont adopté 58 projets nouveaux. Financé par l'Agence spatiale européenne, qui regroupe treize États, le 19e tir d'Ariane, réussi à Kourou le 16 septembre, aura des retombées commerciales considérables.