L'annonce, mercredi 14 octobre 1987, d'un déficit commercial plus élevé que prévu, propre à affaiblir le dollar, a mis fin à cette hausse des cours boursiers et a déclenché une tempête sur toutes les places financières. À New York, le Dow Jones chutait le lundi 19 octobre 1987 à 1 738 points. Il perdait ainsi quelque 500 points en une seule séance, ce qui représentait une baisse historique de 22 p. 100. La spirale infernale dans laquelle s'était engagé le marché américain devait éclipser, par son ampleur et sa soudaineté, toutes les autres baisses déjà spectaculaires enregistrées sur les autres Bourses occidentales : Paris (– 9,7 p. 100), Londres (– 11 p. 100), Amsterdam (– 22,7 p. 100), Bruxelles (– 13,6 p. 100), Zurich (– 15 p. 100) Francfort (– 7,6 p. 100), Hongkong (– 11 p. 100), Tokyo (– 2,2 p. 100). Par la suite, le Dow Jones devait remonter et se maintenir aux environs de 2 000 points. Quant aux cours de la Bourse de Paris, ils devaient connaître encore d'autres chutes, puisque l'indice CAC de la Compagnie des agents de change de Paris tombait le mardi 29 octobre à 293,6 (contre 352,4 le 16 octobre 1987) et le 10 novembre à 273,6, le plus bas niveau de l'année, avant de remonter en novembre légèrement au-dessous de 300.

À l'origine, la crise a été déclenchée par les déclarations du secrétaire d'État au Trésor des États-Unis. Pour réduire le déficit du commerce extérieur, il laissait entendre qu'il ne s'opposerait pas à un effondrement du dollar si l'Allemagne occidentale ne baissait pas ses taux d'intérêt. La crainte d'une baisse du dollar et d'une hausse du taux d'intérêt, alimentée par les déclarations des autorités américaines, a conduit les opérateurs à prévoir la baisse du cours des actions. Ils se sont alors lancés tous ensemble dans des ventes massives, provoquant ainsi l'effondrement des cours.

Au cours d'une seconde étape, les banques centrales du Japon et des pays européens sont intervenues en injectant de nouvelles liquidités pour atténuer la tension sur les taux d'intérêt et ainsi enrayer la chute des marchés financiers. De telles interventions n'ont apporté qu'un soulagement temporaire, car les causes fondamentales de la crise boursière et financière ont subsisté : spéculation entretenue par les innovations financières, endettement des pays en voie de développement et surendettement des États-Unis, premier État débiteur dans le monde (230 milliards de dollars).

Gilbert Rullière

Agriculture

Depuis la fin de l'année 1986, la politique agricole commune est entrée dans une phase de crise provoquée par l'accumulation d'excédents agricoles, notamment céréaliers, et des difficultés rencontrées pour les résorber. Cette accumulation est imputable, pour une large part, aux possibilités de libre importation des protéines destinées à l'alimentation animale, comme le soja et les produits de substitution des céréales (corn gluten feed, manioc, pulpes d'agrumes), c'est-à-dire sans aucun droit de douane ni prélèvement à l'importation. Depuis le début des années 1970, des élevages industriels de volailles et de porcs se sont développés en utilisant ces matières premières achetées à bas prix, notamment aux États-Unis, au détriment des céréales, surtout françaises, dont la consommation dans la Communauté économique européenne tend à diminuer. En outre, l'instauration des montants compensatoires monétaires, consécutivement aux réajustements successifs des taux de change à l'intérieur de la CEE, a encouragé l'agriculture de l'Allemagne fédérale et pénalisé la production avicole et porcine française. Enfin, le niveau des prix communautaires reste beaucoup trop élevé par rapport aux prix mondiaux, de telle façon que les charges de financement de l'écoulement à bas prix des excédents sur les marchés internationaux s'alourdissent d'année en année.

Devant ces difficultés, des pressions s'exercent pour que la politique agricole commune soit réformée, par exemple dans le sens d'une baisse des prix de certains produits agricoles. Par ailleurs, les Américains réclament des compensations aux pertes de débouchés dues à des prix communautaires trop élevés. Un accord a été conclu entre les États-Unis et la CEE autorisant cette dernière à protéger ses marchés de céréales, de sucre, de produits laitiers et de viande ; en contrepartie, elle doit laisser entrer sans entrave 54 millions de tonnes d'aliments pour animaux.