Pour les Verts le slogan de la politique étrangère allemande devrait être « Paix et désarmement » : la RFA doit sortir de l'OTAN ; on doit dissoudre l'armée, qui serait remplacée par une défense civile ; la RFA doit promouvoir une zone dénucléarisée en Europe centrale, obliger au départ les troupes étrangères en Allemagne et démembrer son industrie militaire. Enfin, les Verts sont hostiles à toute idée de défense européenne.

Tant que les Verts n'ont été qu'un groupuscule, on pouvait se désintéresser de leurs propositions. La situation est aujourd'hui différente. En effet, les élections fédérales, puis les élections régionales de 1987 ont montré un renforcement des Verts, qui ont doublé leurs voix à Brême, en Rhénanie-Palatinat et maintenu leurs positions à Hambourg et en Schleswig-Holstein. Or, ces mêmes élections ont marqué une remontée du SPD : 9 p. 100 de Verts et 41 p. 100 de sociaux-démocrates, après les prochaines élections du Bundestag... en 1991, cela conduirait peut-être à des révisions déchirantes de la politique allemande.

Le patronat ouest-allemand et la RDA

Par ailleurs, certains milieux économiques ne sont pas éloignés de cette manière de voir. Au Forum de la paix de Moscou, ils ont précisé qu'ils pourraient aider les Soviétiques dans leur effort de modernisation à condition que leur initiative assure des retombées suffisantes pour l'économie allemande ! Sans doute pensaient-ils, en s'engageant ainsi, à l'essoufflement de leurs exportations à destination des pays occidentaux. Seul l'avenir montrera s'ils sont pour autant des « idiots utiles », comme le disait Lénine.

À cet égard, l'entretien accordé par F. Wilhelm Christians au quotidien Die Welt, le 16 février 1987, ne manque pas d'intérêt (d'autant que M. Christians a jadis négocié la livraison de tubes fabriqués par Mannesmann et destinés au gazoduc Sibérie-Europe occidentale). Selon lui, Moscou s'est vraiment engagé dans une politique de réformes à long terme, « en dépit de certaines difficultés ». Dès lors, l'Occident n'a pas le droit d'ignorer les « changements qui surviennent en URSS ». Et le président du directoire de la Deutsche Bank ajoute : « Nous devrions participer de notre côté à cette politique, sobrement, pour assurer l'avenir de notre économie et la sécurité de notre pays. » M. Christians affirme, également, que l'URSS reste à long terme un marché très intéressant pour l'économie allemande, à tous les niveaux, y compris par le biais des joint-ventures.

Les signes de rapprochement entre la RFA, la RDA et l'URSS se multiplient aujourd'hui. Un général est-allemand a parlé devant ses homologues ouest-allemands au Forum de la paix, à Munich. Des officiers des deux armées observeront, au cours de l'été 1988, les diverses manœuvres auxquelles on se livrera en RDA comme en RFA. Les demandes de jumelage entre villes de l'Est et de l'Ouest s'entassent sur les bureaux des autorités est-allemandes. Quant à la foire de Leipzig, elle est devenue le haut lieu des rencontres entre la RFA et la RDA. Ministres fédéraux et présidents des Länder s'y rendent très régulièrement ! « Jamais les chances d'une amélioration des relations interallemandes n'ont été meilleures que ces dernières années » déclarait, le 14 mars 1987, le bourgmestre de Berlin-Ouest, Eberhard Diepgen. D'ailleurs, plusieurs bourgmestres de grandes villes de l'Ouest ont assisté aux festivités organisées au début de juin 1987 par la municipalité de Berlin-Est.

Cette situation de détente est entretenue par les déclarations de hauts fonctionnaires soviétiques qui ne cessent d'évoquer, à Bonn, l'intérêt que porte le Kremlin au renforcement des relations entre la RDA et la RFA ; et même si l'on rappelle que l'existence des deux États allemands est intangible, le spécialiste soviétique de l'Allemagne, M. Portugalov, n'hésite pas à reconnaître l'existence d'une « nation allemande ».

Ainsi, le poids du national-neutralisme diffusé par certains milieux évangéliques, la gauche de la social-démocratie, les écologistes, avec la bénédiction de l'Est, est un élément qui interpelle tout le monde occidental. L'Allemagne s'émancipe et les rapports germano-européens en seront transformés. La réunification n'est certes pas pour demain. Mais les esprits y sont plus ouverts en même temps que renaît en Allemagne le mythe de la Mittel-Europa.