Au Liban, l'entrée des soldats syriens à Beyrouth-Ouest, le 21 février, après six jours de violents combats, suspend, pour un temps, le processus continu de dérèglement du conflit. Le 5 avril, un accord met fin au siège des deux camps palestiniens de Beyrouth, Borj el-Barajneh et Chatila, autour desquels les miliciens d'Amal maintenaient, depuis cinq mois, un blocus alimentaire et sanitaire. La nouvelle « paix syrienne » se heurte à la résistance du hezbollah et à la reprise des attentats. Le 1er juin, le Premier ministre Rachid Karamé est tué dans l'explosion de son hélicoptère. Pour la première fois, des manifestations et des émeutes de la faim éclatent à Beyrouth et dans les autres villes du pays. L'inflation galopante et la chute vertigineuse de la livre entraînent une paupérisation de la population. Comme la consommation repose à 85 p. 100 sur les importations, l'économie achève de s'effondrer, tandis que les appels à l'aide internationale, lancés par le président Amine Gemayel, ne rencontrent que peu d'écho.

Marie-Odile Schaller

Afrique

Ouvert le 27 juillet à Addis-Abeba, le sommet annuel de l'Organisation de l'unité africaine, dont le nouveau président est le Zambien Kenneth Kaunda, a mis l'accent sur le conflit tchado-libyen, l'apartheid et l'endettement.

Modernisant l'ancienne forme de guerre du désert – le raid – grâce à l'utilisation d'unités légères et mobiles, Hissène Habré a réussi son entreprise de libération du territoire tchadien avec le soutien logistique français : amorcée en janvier, la reconquête des bases occupées par l'armée libyenne a culminé en août. Mais les bombardements libyens et la perte rapide d'Aozou témoignent de l'urgence d'une solution négociée, d'autant plus difficile à élaborer que la bande d'Aozou a un statut juridique incertain.

Le 15 octobre, avec le cinquième coup d'État depuis l'indépendance du Burkina Faso, disparaissait Thomas Sankara, tué lors de l'assaut contre le palais présidentiel. Son successeur, le capitaine Blaise Compaoré, prône la « rectification » d'une révolution qui jusqu'ici n'a guère modifié la condition paysanne.

En Afrique centrale et orientale, outre le coup d'État au Burundi, déclenché le 3 septembre par le major Pierre Buyoya, et la condamnation à mort de l'ex-empereur de Centrafrique, Jean Bedel Bokassa, c'est le Soudan et les pays de la Corne qui focalisent l'attention. La dissolution du gouvernement, l'abrogation des lois islamiques et l'accord survenu entre les partis africains du Sud et le Mouvement populaire de libération illustrent les difficultés du pouvoir central et l'affermissement de la guérilla sudiste au Soudan. Alors que la reprise du transfert des populations vers le sud de l'Éthiopie est de nouveau envisagée, l'aide internationale est au cœur de polémiques et fournit le prétexte d'actions spectaculaires (enlèvements de médecins). Fait plus fondamental, l'Éthiopie a changé de Constitution : le Conseil militaire, en place depuis 1974, a été dissous et une nouvelle république a été proclamée en novembre.

En Afrique du Sud, les remises en cause de l'ordre racial se sont multipliées : des associations blanches proposent un dialogue à l'ANC (African National Congress) clandestin, des hommes d'affaires demandent une transformation rapide du système dans un contexte d'accélération du retrait des banques étrangères et de désinvestissement des entreprises américaines. À cela s'ajoutent l'« affaire Albertini », coopérant français condamné à quatre ans de prison au Ciskeï et libéré en septembre, la grève des mineurs noirs de l'Anglo American Corporation, la plus longue de leur histoire, et la « rénovation » très contestée de l'apartheid (mise en place de nouvelles structures administratives multiraciales le 1er juillet). Avec les États proches, le gouvernement sud-africain alterne violence et dialogue : interventions en Angola, raids en Zambie et au Mozambique, décision de financer les travaux portuaires à Maputo ! La grande affaire demeure, pour les « pays du front », la remise en état du réseau ferroviaire permettant d'éviter l'Afrique du Sud : la CEE a octroyé 5 millions d'écus pour réactiver le couloir de Beira, et la réhabilitation du chemin de fer de Benguela a été programmée.