Premier des Nobel à ne pas être moraliste, Saint-John Perse était couronné en 1960 : « pour l'envolée aérienne et l'imagination évocatrice de sa poésie qui reflète notre époque sur un mode visionnaire ».

En 1964, Sartre, par son refus, mettait fin pour un temps à une période faste entre la littérature française et l'Académie de Stockholm qui lui avait décerné six prix en 27 ans.

À travers le doctrinaire de l'existentialisme, l'Académie récompensait un représentant moderne d'une grande tendance historique française : celle des moralistes critiques de la société.

Avec Claude Simon, le premier des Nobel français si peu connu du grand public, c'est une fois de plus un hommage au renouvellement de la littérature qui est rendu.

Ainsi, les Français primés sont tout à la fois des écrivains classiques et des pionniers qui ont contribué à faire évoluer la littérature mondiale et, par contrecoup, les « goûts » de l'Académie.

Dans l'ombre des élus, reposent ceux qui « sortirent » de la liste des nobélisables par la mort ou l'excommunication. Parmi les premiers, on peut citer Valéry, Claudel, Malraux ; parmi les seconds, Bourget, Colette, Kafka, Proust ou Zola. La liste de ceux-là est aussi pleine d'enseignements. Elle souligne un certain nombre de faiblesses du jury et explique pourquoi la France' n'a peut-être pas le nombre de médailles qu'elle pourrait avoir. Volonté d'un dosage entre les nations conforme aux règles du jeu diplomatique, répugnance à consacrer rénovateurs hardis et écrivains maudits ou d'avant-garde, embarras du choix... Souvent critiquée et d'ailleurs sans illusions, l'Académie s'est pourtant, dans l'ensemble, raisonnablement bien acquittée d'une tâche qui, dans le domaine de la littérature, est tout particulièrement difficile.

La France et la paix : de moins en moins de prix

Non moins délicate à assumer est sans doute la charge de décerner le prix Nobel de la paix, échu à cinq membres du Storting (Parlement), pour récompenser la personnalité qui aura le plus agi dans le courant de l'année pour la fraternité des peuples ». Prix le plus politisé, parfois très critiqué, il a été remporté sans contestation par neuf Français dont six avant la Seconde Guerre mondiale contre 17 aux États-Unis, 7 à la Grande-Bretagne, 5 à la RFA, 4 à la Suisse... Les prix Nobel français ont récompensé un large éventail de ce qui peut être fait pour la paix : arbitrage, réconciliation, organisation internationale, œuvre humanitaire...

Pour leurs efforts en faveur de l'arbitrage entre les nations et du désarmement, aspects majeurs du mouvement de la paix, quatre Français furent couronnés :
– en 1901, Passy (fondateur de la Ligue internationale pour la paix) ;
– en 1909, d'Estournelles (actif artisan de l'Entente cordiale de 1903) ;
– en 1920, Bourgeois (pour sa théorie du solidarisme et l'énoncé des principes de l'arbitrage obligatoire) ;
– en 1926, Briand (pour les accords de Locarno garantissant les frontières entre France, Belgique, Allemagne et posant le principe de la non-agression).

Pour son action en faveur du rapprochement entre la France et l'Allemagne (préparé par d'Estournelles et Bourgeois, conforté par Briand), Buisson reçut le Nobel de la paix en 1927.

Avec Renault, en 1907, le Storting récompensait un grand juriste spécialiste du droit international, pilier des textes des conférences de la paix et de la convention de la Croix-Rouge.

Également grands commis des organisations internationales : Jouhaux – premier syndicaliste à recevoir ce prix – était récompensé en 1951 pour son action en tant que chef de l'Organisation internationale du travail, et, en 1968, Cassin pour la part importante qu'il eut dans la fondation de l'UNESCO et pour la présidence de la Cour européenne des droits de l'homme.

Le Dr Schweitzer, prix Nobel 1952, créateur de l'hôpital de Lambaréné au Gabon, venait prendre une place bien méritée parmi les quelques grands noms de l'œuvre humanitaire mondiale.

La France n'a pas obtenu beaucoup de prix depuis la Seconde Guerre mondiale, peut-être parce qu'elle n'est plus directement impliquée dans des grands conflits et que, depuis la division du monde en deux blocs d'influences, elle n'a plus la même puissance qu'autrefois.

Un « gap » scientifique croissant

Si dans la sphère littéraire il est bien difficile de juger des talents, il semble moins délicat de récompenser « ceux qui ont fait la découverte scientifique, l'invention ou le progrès le plus important ou le plus remarquable dans leur domaine » et ayant ainsi « rendu à l'humanité les plus grands services ». Décernés par l'Académie royale des sciences pour la physique et la chimie, par l'Institut Karolin pour la physiologie ou la médecine, les prix sanctionnent, sans contestation, la remarquable évolution de la science mondiale, notamment depuis 1945. Ils constituent, de plus, un bon indicateur de l'effort de recherche dans les différents pays.