Jack Ralite lui-même, membre du Comité central du parti communiste, mais alors encore ministre de l'Emploi, affirmait dans une interview au Nouvel Économiste du 26 mars : « Si le rythme actuel se maintenait, il y aurait 2,6 millions de demandeurs d'emploi à la fin de l'année. » Implicitement, il suggérait ainsi à son collègue Jacques Delors de changer de politique économique.

Un débat classique et ancien

Trois millions... ? Les statistiques officielles du ministère du Travail n'afficheront sans doute pas un tel chiffre à la fin de 1984 (l'INSEE avançant celui de 2 500 000, plus proche de la réalité). Mais, avant de les compter, faut-il encore s'entendre sur la définition des chômeurs. Pour Lionel Stoléru, ancien secrétaire d'État de Valéry Giscard d'Estaing, 220 000 personnes — des préretraités forcés à des jeunes maintenus sans justification à l'école en passant par des radiations de l'ANPE — ont été « artificiellement éliminées des statistiques alors qu'il s'agit d'hommes et de femmes voulant travailler ». Quant au secrétaire général de FO, il considère que des jeunes se trouvant en formation sont encore des demandeurs d'emploi.

Quoi qu'il en soit, et au-delà des polémiques, les chiffres officiels permettent de constater que, sur un an, d'octobre 1983 à octobre 1984, il y a eu en France plus de 330 000 chômeurs de plus. L'évolution est encore plus frappante si on observe pour chacun de ces douze mois la progression, en données corrigées, des variations du chômage par rapport au même mois de l'année précédente.

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D'un mois sur l'autre, en données corrigées, l'augmentation a été quasi continue.

Il a fallu arriver au mois de mai pour qu'une inflexion positive semble se produire. Voilà que le chômage baissait ! Quelques jours avant les élections européennes... Vérification faite, la diminution ne résultait pas d'un renversement soudain de tendance mais de la sortie des listes de chômeurs enregistrés de demandes d'emploi placées ou annulées. Dans ce sombre paysage, aucune catégorie de la population active n'est épargnée. En octobre 1984, on pouvait ainsi constater que les hommes représentaient désormais 51,6 % des demandeurs d'emploi (contre 50,4 % un an plus tôt). En un an, à cette même époque, le chômage progressait de 21,7 % chez les ouvriers et employés qualifiés (– 1,3 %) et même de + 6,7 % chez les cadres, catégorie jusqu'alors assez préservée.

Le nouveau système d'indemnisation

C'est dans ce contexte aussi morose et alors que les pouvoirs publics semblaient en panne d'imagination pour trouver de nouvelles parades à la hausse du chômage que les partenaires sociaux ont rebâti de fond en comble le système d'indemnisation au chômage. Le 11 janvier, FO, la CGC et la CFTC signaient avec le patronat un protocole instituant une nouvelle assurance chômage, toujours gérée paritairement mais ouverte exclusivement aux demandeurs d'emploi ayant cotisé pendant des périodes minimales à l'UNEDIC. L'allocation spéciale pour les licenciés économiques se voyait supprimée, tandis que les durées initiales d'indemnisation étaient réduites comme le montant des allocations. Un mois plus tard, l'ensemble des partenaires sociaux paraphaient avec Pierre Bérégovoy, ministre des Affaires sociales, un accord sur la mise en œuvre du deuxième volet de la nouvelle indemnisation du chômage, le système de solidarité à la charge de l'État. À ce titre, et depuis le 1er avril, c'est l'État qui verse les indemnités de formation, les aides aux chômeurs créateurs d'entreprises, les préretraites des conventions du Fonds national de l'emploi ou des contrats de solidarité, les allocations d'insertion — pour les jeunes ou les femmes seules à la recherche d'un emploi — et de solidarité — pour les chômeurs de longue durée ayant épuisé leurs périodes d'indemnisation par le régime paritaire d'assurance chômage. Au grand dam de la CGT et de la CFDT, pourtant signataires in fine de la nouvelle convention UNEDIC, le CNPF obtenait satisfaction sur sa revendication ancienne d'une séparation pour l'indemnisation des sans-emplois entre l'assurance et la solidarité.