Les relations avec Moscou ne sont pas favorisées, non plus, par les bonnes manières que Reagan multiplie à l'égard de la Chine : il reçoit en janvier le premier ministre, M. Zhao Ziyang, et se rend lui-même à Pékin en avril. En mai, d'ailleurs, les Soviétiques annoncent qu'ils ne participeront pas aux jeux Olympiques de Los Angeles : une réponse du berger à la bergère après le boycottage des Jeux de Moscou décidé en 1980 par Carter à la suite des événements d'Afghānistān. Les négociations sur la limitation des armements nucléaires sont au point mort.

L'antisoviétisme du président ne mollit guère : une attitude qui paie, si on en croit un film de politique-fiction qui sort pendant l'été : Aube rouge raconte ni plus ni moins une tentative d'invasion des États-Unis par des troupes soviétiques. Invasion, bien entendu, repoussée grâce au valeureux patriotisme de la jeune génération.

Un mois avant les élections présidentielles, le président Reagan décide pourtant de profiter de la venue du ministre soviétique des Affaires étrangères, Gromyko, à l'Assemblée générale des Nations unies, pour discuter, pour la première fois depuis le début de son mandat, avec un dirigeant soviétique. Un geste qui sera apprécié des futurs électeurs terrifiés par la perspective d'un conflit nucléaire. Dès sa réélection, le président assurera ses compatriotes que la restauration des relations Est-Ouest figure en tête des priorités de son second mandat.

Amérique centrale

C'est peut-être là que la diplomatie américaine est la plus dynamique, sans que cet activisme paraisse aider à rendre la paix à la région.

Le rapport de la commission Kissinger a pourtant souligné que la détérioration des conditions économiques et sociales joue probablement un rôle aussi grand que l'influence soviéto-cubaine dans les drames qui s'y jouent. Au printemps, un scandale international éclate lorsque plusieurs cargos européens sont endommagés par des mines posées aux abords des ports nicaraguayens. Le président Mitterrand, qui fait justement un voyage officiel aux États-Unis, proteste vigoureusement, et Paris propose au gouvernement de Managua d'envoyer des équipes de déminage.

Au Nicaragua, les « contras » (contre-révolutionnaires), armés et financés par les États-Unis, multiplient leurs offensives sans enregistrer de succès sérieux. Un autre opposant anti-sandiniste, Eden Pastora, l'ancien commandant Zéro du temps où il faisait la guerre à Somoza, refuse de s'allier aux contras du Nord, qu'il accuse d'être d'anciens somozistes. Un mystérieux attentat le blesse assez sérieusement au cours d'une conférence de presse qu'il tient près de la frontière costaricienne.

Les élections ont lieu au Nicaragua le 4 novembre, confirmant, comme on s'y attendait, le gouvernement sandiniste, mais faisant aussi apparaître un parti « libéral » d'opposition très officiel. L'administration Reagan accuse cette consultation de n'être qu'une parodie et torpille le plan de paix mis au point par le groupe de Contadora (Mexique, Venezuela, Panamá, Colombie) et approuvé par Managua.

Au Savaldor, l'élection de Napoléon Duarte à la présidence de la République est un succès pour les modérés de Washington. Duarte fait enfin traduire en justice les militaires meurtriers des quatre missionnaires américaines assassinées il y a maintenant près de quatre ans, une affaire qui avait traumatisé l'opinion américaine. Les cinq accusés sont condamnés à la peine la plus lourde : la prison à vie. Mais la guérilla est toujours là, et le Congrès rechigne à débloquer les millions de dollars réclamés par l'administration pour aider l'armée salvadorienne (ou les « contras » nicaraguayens).

La réélection du président Reagan laisse présager un durcissement de Washington à l'égard de la « subversion » en Amérique latine. D'où qu'elle vienne.

Nicole Bernheim

Canada

Un émule de Reagan à Ottawa

Tout commence par une promenade dans la neige, une nuit de février, à Ottawa : Pierre Elliott Trudeau, Premier ministre du Canada, réfléchit. Au bout de la nuit, le 2 février, une décision historique. Le plus ancien chef de gouvernement du monde occidental abandonne le pouvoir.