À la fin du mois d'août, les autorités espagnoles faisaient savoir qu'elles étaient disposées à « négocier la paix avec l'ETA directement et sans intermédiaire ». En échange de l'abandon de la lutte armée, elles s'engageaient à « faciliter l'intégration dans la société de tous les terroristes qui sont disposés à accepter les institutions démocratiques ».

Gestion pragmatique

Si l'affaire basque domine la vie politique espagnole et les relations avec la France, le gouvernement de Felipe Gonzalez doit affronter d'autres problèmes. Durement touché par la crise internationale, le pays connaît une montée irrésistible du chômage : 2 403 796 personnes sans emploi au mois de juillet, ce qui représente 18,20 % de la population active. Un record européen !

Le gouvernement décide, en septembre, d'injecter 188 milliards de pesetas dans les entreprises en difficulté. La tâche du gouvernement est énorme. Il s'agit notamment de créer, de toutes pièces, une fiscalité adaptée au pays moderne et industrialisé qu'est devenue l'Espagne, et l'élaboration d'une loi contre la fraude fiscale soulève des protestations indignées.

Néanmoins, la gestion originale des socialistes offre des perspectives relativement optimistes, compte tenu de l'ampleur de la crise. En effet, la croissance économique dépasse 2,25 % en 1984. Les bénéfices des banques (que F. Gonzalez s'est bien gardé de nationaliser) croissent de plus de 60 % au cours du premier semestre, ce qui permet des investissements. L'attitude pragmatique du gouvernement, critiquée par la gauche pure et dure, permet la signature d'un pacte social et économique, le 9 octobre, entre le patronat, le gouvernement et le syndicat socialiste UGT (Union générale des travailleurs).

Espagne rigueur : trop c'est trop

Seule la continuité de la politique de durcissement — estimée en 1982 par la dévaluation de la peseta de 8 % — peut soigner l'économie espagnole, qui connaît une bonne reprise des exportations et une réduction du déficit des comptes courants. Mais le monde des chômeurs atteint le seuil de 20 % de la population active, sans que les salaires réels aient connu de baisse. Aussi les experts de l'OCDE s'inquiètent-ils de savoir si « la détermination actuelle ne faiblira pas... » : ferme, en effet, pour le secteur public, où les augmentations salariales sont inférieures à 6,50 %, le gouvernement de Felipe Gonzalez le sera-t-il aussi pour les entreprises privées ? L'entrée de l'Espagne dans le Marché commun, que les socialistes espéraient à leur arrivée au pouvoir, aurait pu répondre aux difficultés que trouve l'économie. Mais cette admission bute sur la question des productions agricoles.

L'opposition divisée

Cet accord, qui ne s'est pas réalisé sans grincements de dents ni concessions réciproques, stipule la création d'un fonds de solidarité pour l'emploi, la baisse des cotisations de la Sécurité sociale, l'augmentation des pensions et des salaires à partir de 1985. Mais il prévoit encore un taux de croissance de 3 % pour l'année prochaine.

Si la presse espagnole célèbre l'accord par la formule « Ni vainqueurs ni vaincus », il y a des laissés-pour-compte : les commissions ouvrières, le syndicat communiste dirigé par Marcelino Camacho, qui s'est montré totalement hostile au pacte.

Il est vrai que le PC, ébranlé par son échec aux élections de 1982, apparaît en pleine décomposition. En janvier, 800 délégués, hostiles à l'eurocommunisme, font scission pour fonder un nouveau Parti communiste, dirigé par Ignacio Gallego. Tout de suite, Moscou expédie une délégation à Madrid pour soutenir la nouvelle formation, qualifiée par la Pravda d'« authentiquement marxiste-léniniste et internationaliste prolétarienne ».

L'opposition de droite, menée par l'Alliance démocratique, engage la bataille sur la question scolaire après le vote par le Parlement, le 15 mars, de la loi organique du droit a l'éducation (LODE). Près d'un million de personnes manifesteront à Madrid contre le projet gouvernemental de réforme scolaire, le 18 novembre.