Pour Jean-Pierre Chevènement, le primaire, « la base de l'édifice », sera l'objectif no 1. Mais il s'agira surtout de la rénovation des contenus, dont il a une idée très précise : « Dès la rentrée 1985, interviendront des dispositions pour que l'enseignement élémentaire comprenne, de façon progressive et raisonnée, la lecture et l'écriture, la langue française, c'est-à-dire l'orthographe et la grammaire, la géographie et l'histoire — particulièrement celles de la France —, l'instruction civique et des éléments des sciences de la nature et de technologie. » Quant aux instructions, elles seront « simples et claires ».

Échec scolaire
Le retour du conservatisme

Clarté, qualité, efficacité, réhabilitation du sens de l'effort, priorité à la transmission des connaissances : pour être nouveau au ministère de l'Éducation nationale, le langage de Jean-Pierre Chevènement n'étonnera guère. Il ne fait que reprendre à son compte des idées qui ont fait leur chemin tout au long de cette année.

On a vu en effet paraître en un temps record plusieurs ouvrages sur l'école : Voulez-vous vraiment des enfants idiots ?, de Maurice Maschino (Hachette) ; le Poisson rouge dans le Perrier, de Marie-Claude Bartholy et Jean-Pierre Despin (Critérion) ; De l'école, de Jean-Claude Milner (Seuil) ; et Tant qu'il y aura des profs, de Patrick Rotman et Hervé Hamon (Seuil). Tous portent sur le système éducatif un regard critique et pessimiste. Les trois premiers attribuent l'échec scolaire à la « pédagogie de l'éveil », et plaident pour un retour aux « bonnes vieilles méthodes ». Ils ont suscité une polémique, fait l'objet de deux émissions télévisées à Apostrophes, et contribué à porter le débat sur la place publique.

Enseignants en proie à l'incertitude et au malaise face aux réformes successives, parents inquiets : autant d'éléments qui viennent encore alourdir l'atmosphère. Après la pédagogie nouvelle issue des idées de mai 68, on assiste à un retour aux thèses plus conservatrices, curieusement reprises à la fois par la droite traditionnelle et par une partie de l'extrême gauche.

Lycées et collèges

Autre nouveauté, la rénovation des collèges. Après une année consacrée à la formation des enseignants des établissements volontaires pour appliquer certaines directives du rapport Legrand (modalités nouvelles de groupement des élèves, travail collectif des professeurs, bilans d'évaluation réguliers, pédagogie différenciée et suivi plus individualisé des élèves), la réforme proprement dite se met en place dans 482 établissements (sur près de 5 000), soit un peu moins de 10 %.

Pour Alain Savary, cette rénovation des collèges était prioritaire. Pour Jean-Pierre Chevènement, son avenir sera subordonné « aux résultats et aux moyens qui pourront lui être affectés ». Une déclaration peu faite pour susciter l'enthousiasme, d'autant plus que certaines mesures décidées pour les établissements en rénovation, comme la réduction des horaires de cours des PEGC de 21 heures à 18 heures (les trois heures restantes étant consacrées à la concertation), ont provoqué une levée de boucliers chez certifiés et agrégés. Diversement intéressés par la réforme Legrand (certains y sont favorables, d'autres opposés), tous les syndicats d'enseignants sont néanmoins demandeurs d'une rénovation des collèges — inscrite au IXe Plan — et attendent du ministre des éclaircissements.

Dans l'immédiat, Jean-Pierre Chevènement a pris par arrêté, dès le 18 août, la décision de remplacer, dans 192 collèges, l'enseignement de l'éducation manuelle et technique (EMT) par la technologie. Deux différences avec l'EMT (maintenue à titre transitoire dans les autres établissements) : le contenu de cet enseignement centré sur les techniques modernes (électronique, automatique, bureautique) et les horaires, qui augmentent et passent à trois heures hebdomadaires dans toutes les classes.

La rénovation des collèges sera poursuivie. Elle concernera une nouvelle tranche de 15 % des établissements à la rentrée 1985-1986. Fin 1986, un quart des collèges seront donc engagés dans la réforme. Celle-ci continuera au rythme de 25 % chaque année, jusqu'en 1988-1989.