Quelles que soient les opinions des jeunes sur les différents sujets que nous venons de passer en revue, elles sont influencées par trois facteurs : l'âge, le sexe et surtout le milieu social. Les milieux ouvriers sont les plus conservateurs. Par exemple, en Italie, les jeunes filles, les adolescents qui ont quitté l'école prématurément et ceux qui appartiennent à la classe ouvrière sont plus nombreux à être mariés que les autres. Et, aux États-Unis, les jeunes gens qui ne poursuivent pas leurs études sont deux fois plus nombreux à être mariés et presque trois fois plus nombreux à avoir des enfants que les autres. Les jeunes ont tendance à suivre l'exemple de leurs parents. Or les familles d'origine ouvrière semblent moins ambitieuses pour leurs enfants que celles des milieux aisés. Ce phénomène est encore amplifié pour les filles qui subissent le double déterminisme du conditionnement familial et des préjugés sexistes. Elles ont tendance à choisir des métiers dits féminins, à opter pour des cycles courts et à abandonner très tôt les matières scientifiques.

Préoccupations

Les deux grands soucis des jeunes des pays industrialisés sont la formation et le travail. Les études sont de plus en plus longues. Tout d'abord, en raison de la prolongation de la scolarité obligatoire. Ensuite, parce que les jeunes pensent que des études poussées leur garantiront un meilleur avenir : il semble y avoir entre eux et l'école une sorte de contrat social. Or, en période de récession, celui-ci est rompu. Il y a dévalorisation des diplômes, dont la possession ne garantit plus l'obtention d'un emploi correspondant aux qualifications acquises. Les réactions à cette rupture sont variées : de l'abandon des études au refuge dans la délinquance juvénile (en augmentation dans la plupart des pays de l'OCDE), en passant par l'alcoolisme, la toxicomanie, voire même le suicide. D'autres travaillent épisodiquement et clandestinement. D'autres encore — et leur nombre est en progression — font des études tout en travaillant. C'est le cas au Canada et aux États-Unis, mais aussi en Australie, où plus de 60 % des travailleurs de moins de 20 ans sont des élèves réguliers, en Suède, où un adolescent de 16 à 19 ans sur deux mène de front études et travail, et, en Norvège, où près de 138 000 élèves et apprentis pratiquent cette alternance.

En fait, en 1980, dans les pays de l'OCDE, de 20 % à 55 % des jeunes de 15 à 19 ans avaient un emploi. Ils ont quitté l'école, soit parce qu'elle leur semblait « décevante, ennuyeuse ou inutile », soit parce qu'ils préféraient — ou devaient — travailler. Autre surprise, la stabilité : généralement, ceux qui ont une place, la conservent. Selon une enquête française parue en 1980 dans CFDT Magazine, 78 % des jeunes travailleurs interrogés estimaient que leur premier emploi avait été intéressant, et 76 % continuaient de le trouver agréable. Nombre d'adolescents semblent se satisfaire d'emplois pourtant très médiocres, parce que, disent-ils, ils leur apportent « l'indépendance matérielle, un certain profit personnel, le sentiment agréable de faire partie d'une équipe, et même... le plaisir d'apprendre ». Tout se déroule comme si le passage à la vie active signifiait pour beaucoup de jeunes l'accès au statut d'adulte. Or ce passage à la vie active s'avère de plus en plus difficile et le chômage des jeunes est plus répandu que par le passé. C'est d'autant plus grave qu'il a des répercussions sur la personnalité de ceux qui en sont victimes.

Des formations-aiguillages

C'est pourquoi plusieurs pays de l'OCDE ont mis sur pied des mesures destinées à lutter contre le chômage des jeunes. Elles tendent soit à créer des emplois par le biais d'encouragements auprès des employeurs (subventions, allégement de la taxe sur les salaires) ou par le recours à la retraite anticipée, soit à inciter les jeunes à faire des études plus longues. Divers programmes d'initiation à la vie active proposent une formation en alternance avec des stages en entreprise : Work Experience au Royaume-Uni, Schnupperlehre en Suisse, Galops d'essai en Autriche, Formations d'un genre nouveau en Norvège, Opérations 16-18 ans et 18-21 ans en France. D'après les premiers bilans, les jeunes semblent satisfaits de ces initiatives. Elles les « aident à mieux choisir un métier, leur donnent de l'assurance et augmentent leurs chances d'obtenir un emploi ».