On peut citer Liberty Belle de Pascal Kané, Un jeu brutal de Jean-Claude Brisseau, Le bâtard de Bertrand Effenterre, La fiancée qui venait du froid de Charles Nemes, le passionnant Poussière d'Empire du Vietnamien d'origine Lam Lê. À sortir du lot, Rue Cases-Nègres, d'Euzhan Palcy, une jeune Antillaise qui, à travers les aventures d'un petit Noir parti de son village pour le lycée de la ville, évoque avec beaucoup de justesse le colonialisme d'antan, Vive la sociale, délicieuse comédie où Gérard Mordillat regarde son enfance à Ménilmuche avec un sourire moqueur, et sans craindre le mélange de genres. Et surtout Le destin de Juliette, une évocation, très achevée, du destin d'une jeune villageoise, mariée contre son gré à un employé fruste et violent. Tranche de vie populiste d'une bouleversante authenticité. Ce premier film doit beaucoup à ses interprètes, Laure Dutillheul et Richard Bohringer, une valeur qui monte. Mais, le plus achevé de tous les films de débutants, c'est incontestablement la très pudique, très belle et bouleversante histoire d'amour de La palombière, de Jean-Pierre Denis. À signaler aussi, en marge de la science-fiction, le très impressionnant Dernier combat de Luc Bresson, presque muet, sur le thème classique de la survie après une apocalypse nucléaire.

États-Unis : en panne d'inspiration

L'impression est générale, cet automne, à Deauville, au festival du film américain, confirmant le palmarès de Cannes : les Américains multiplient les remakes, ou les suites. Remake, À bout de souffle no 2, de Jim McBride, étonnante mouture du célèbre film de Godard, prétexte, surtout, à laisser Richard Gere faire une démonstration un peu excessive de sa... fièvre au corps. Remake, tout aussi incongru, la réédition de l'Incompris de Luigi Comencini, par Jerry Schatzberg... Suite, l'honnête Psychose II de Richard Franklin, où l'interprète d'Hitchcok, Anthony Perkins, réenfile le costume de l'assassin névrosé, après avoir purgé sa peine. Suite un peu essoufflée, Superman III, de Richard Lester, où le très musclé Christopher Reeves sent, sous sa cape, ses mauvais instincts un instant tentés de triompher des bons, ou encore (mais c'était annoncé ; plus qu'une suite, c'est un troisième volet) l'infantile mais fastueux Retour du Jedi, de Christian Marquand, où Georges Lucas a demandé à ses décorateurs et animateurs de se surpasser dans l'invention de nouveaux monstres et d'effets spéciaux. Suite, enfin, un peu pâlotte, à un triomphe comique, Y a-t-il un pilote dans l'avion ?, dont les gags, répétés, faisaient long feu, et, mais mieux vaut l'oublier, le triste Porky' II...

Sentimentalisme

À la recherche du succès, le cinéma américain a aussi cherché à séduire les adolescents, qui représentent, chez eux comme chez nous, une bonne moitié des spectateurs. Avec des recettes aussi simplettes... qu'efficaces : de la musique comme en diffusent à longueur de journée les walkmen de nos teens, de la danse, de la bagarre : Flashdance, d'Andrian Lyne, avec la belle Jennifer Beals anonymement doublée par une danseuse française, Staying Alive, où Sylvester Stallone rend à son interprète Travolta la frénésie de la Fièvre du samedi soir de naguère et, dans un style rappelant, à la fois mais de loin, Graine de violence et West Side Story, le très décevant Outsiders de Coppola, certes magistralement filmé.

Un sentimentalisme que les adultes ont retrouvé dans l'avalanche de purs mélos que nous proposent, aussi, les producteurs de l'Amérique reaganienne. Que de drames dus aux familles déchirées, que d'enfants à la dérive, de mères ou de pères crucifiés !

Heureusement, tout n'est pas, dans la production américaine, de cette eau (de rose)-là. Certes, le western semble avoir complètement disparu, et le policier se fait rare : La mort aux enchères, de Robert Benton, malgré ses effets aux frontières du fantastique, restera surtout pour le rôle d'inquiétante névrosée qu'il offre à Meryl Streep, et 48 heures (par ailleurs fort bien ficelé par Walter Hill) pour le comédien noir Eddie Murphy, la révélation de l'année outre-Atlantique. Toujours édifiant, Sylvester Stallone continue de prêter ses muscles au boxeur méritant de L'œil du tigre et ne s'est écarté du droit chemin que pour incarner un ancien du Viêt-nam rejeté par une Amérique trop égoïste dans Rambo, dont l'effrayante violence n'a pas, au contraire, dissuadé les spectateurs. Mais on a eu droit cette année à un formidable suspense informatique, War Games de John Badham, science-fiction très plausible sur les risques de guerre nucléaire par piratage d'ordinateurs. Au crédit des Américains encore, deux bons James Bond (rivaux, Roger Moore dans Octopussy de John Olen contre Sean Connery dans Jamais plus jamais d'Irvin Kershner.