Avant même le vote de la loi, la banalisation est entrée dans les faits. Fin 1982, tout d'abord, avec le Livret rose, puis en octobre 1983, avec le compte d'épargne industriel Codevi : ces livrets, dont les caractéristiques sont très proches de celles des Livrets A distribués par les seules Caisses d'épargne, sont en effet commercialisés par l'ensemble des réseaux. Le livret sans impôt, produit d'appel des Caisses d'épargne, n'est donc plus leur monopole. Ce que les banquiers appellent la déspécialisation est, d'ores et déjà, en marche.

Électronique

Mais, pour la banque, la révolution ne passe pas seulement par les textes. Le second pari s'appelle monnaie électronique. Un domaine dans lequel les expériences menées placent la France parmi les pionniers : c'est le cas pour la carte à mémoire ou encore les expériences de reconnaissance dynamique des cartes par la signature de leur propriétaire, permettant de se passer d'un code secret.

Une ligne de fracture subsistait entre partisans de la carte bleue et tenants d'Eurocard. Au mois de juin, des négociations sont entamées entre les premiers, qui regroupent, depuis la fin de 1982, la quasi-totalité des réseaux, et les seconds, c'est-à-dire le Crédit agricole et le Crédit mutuel. L'enjeu : parvenir à une unification suffisante pour que chacun puisse utiliser l'ensemble des distributeurs automatiques de billets et de caisses de paiement électroniques, dont disposeront bientôt les commerçants. À l'évidence, au-delà de l'aspect pratique pour les utilisateurs, l'idée des industriels concepteurs du matériel — et des pouvoirs publics — est de conserver l'avance en adoptant rapidement des solutions unifiées.

Un autre métier

L'ensemble de ces évolutions se déroule dans un environnement économique difficile. Dans l'hexagone, les banques sont appelées à participer de plus près à la vie des entreprises. Difficultés de l'emploi obligent. Ainsi ont été mis en place les prêts participatifs, destinés à renforcer les fonds propres des entreprises. Ce type d'opération, nouveau pour les banques, conduit à une appréciation du risque couru plus audacieuse : il s'agit presque pour elles d'un autre métier. D'autre part, l'encadrement du crédit subsiste. Même si l'anémie de l'investissement et les procédures de désencadrement (plus de 50 % des crédits à l'économie) le rendent peu gênant.

À l'extérieur, l'évolution de l'endettement des pays en voie de développement provoque de multiples angoisses, périodiquement réveillées par la demande de moratoire d'un pays, comme le Brésil en août, en cessation de paiement. Les banques françaises, comme leurs homologues américaines, britanniques ou allemandes, ont donc largement provisionné en 1982 leurs créances douteuses. Une politique de prudence qui leur permet de préserver leur bonne réputation au plan international. Si les ratios de fonds propres rapportés aux engagements sont parmi les plus bas du monde, les règles du système bancaire français en font aujourd'hui l'un des moins vulnérables au monde, en particulier par comparaison avec les grandes banques américaines.

Marie-Laure Cittanova

Distribution

L'année Leclerc

Un ministre chasse l'autre, mais les choses vont-elles changer pour la distribution ? André Delelis n'aura détenu que pendant 20 mois le portefeuille du Commerce et de l'Artisanat : il s'était mis à dos une bonne partie de la profession par ses déclarations résolument anti-grand commerce. Michel Crépeau (maire de La Rochelle) assume une difficile succession.

Rassurer

Pourtant, Michel Crépeau manifeste dès sa nomination une ferme volonté : susciter un « dialogue complet » entre les professionnels et les pouvoirs publics et, surtout, rassurer. Il veut réhabiliter le commerce et insiste sur son rôle positif dans l'économie. Le tertiaire demeure un des seuls secteurs qui embauche (11 400 emplois créés en 1982) et la France se situe en pointe en matière de techniques commerciales. La profession est soulagée d'entendre un tel langage, habituée qu'elle était à s'entendre taxer de tous les péchés en matière d'inflation. Déjà, Michel Crépeau songe à réformer les règles d'implantation des grandes surfaces qui, depuis 1973 (loi Royer), font l'objet d'un sévère examen cas par cas.