Le cas de la France est d'autant plus compliqué que cohabitent des installations modernes (à Dunkerque et à Fos) et des aciéries vétustes (en Lorraine). La logique aurait voulu que seules les aciéries lorraines fissent les frais de la crise. Mais les contraintes politiques et sociales ont conduit les pouvoirs publics à répartir la misère : ainsi, depuis 1974, les effectifs ont diminué de 48,2 % dans l'Est, de 35 % dans le Nord et de 20 % à Fos. Conséquence : les unités rentables ne sont pas utilisées à leur pleine capacité de production, les vieilles usines continuent de couler un acier hors de prix, et tout le monde perd de l'argent. Plus grave : les subventions financées par le contribuable et théoriquement destinées à améliorer la productivité de la sidérurgie française ne servent qu'à boucher les trous les plus voyants. On voit l'intérêt social de l'opération, mais on voit moins bien son utilité économique. Qu'arrivera-t-il lorsque, en 1986, entrera en vigueur la nouvelle législation communautaire interdisant l'octroi de subventions ?

Depuis 1974, la production d'acier de la CECA a diminué d'un bon tiers, suivant ainsi la baisse de la consommation. Mais, aussi subtiles soient-elles, les réglementations concoctées à Bruxelles ne pourront pas protéger éternellement les aciéries européennes de la concurrence des nouveaux producteurs.

Durant l'année 1982, la production d'acier de la Corée a augmenté de 9,30 % par rapport à l'année précédente, celle de l'Argentine de 15 %, celle de Taiwan de 30 %.

C'est miracle que la vieille Europe, grâce aux barrières de la CECA, puisse ignorer la compétitivité des étrangers. Mais l'heure de vérité va sonner : les subventions accordées par les pays membres de la CECA devront désormais être assorties d'un plan de réduction des capacités de production. Il faudra aller encore plus loin. À cet égard, 1983 est sans doute la dernière année où les tergiversations soient encore possibles.

Hervé Jannic

Textile

Coup de frein brutal

On ne se bousculait pas, en septembre dernier, au Salon de l'habillement masculin. On ne s'est pas précipité non plus au Salon du prêt-à-porter féminin, où la relativement faible participation étrangère a été particulièrement remarquée. Et pourtant, avec un mark à trois francs et un dollar à huit, nos tissus et nos vêtements ne manquent pas d'attraits ! Ils en auraient davantage si, à l'exception des États-Unis, le monde développé n'était pas en récession.

Après le beau temps, la pluie. En 1981 et surtout en 1982, l'industrie textile française a, en effet, bénéficié du ballon d'oxygène donné aux bas revenus. Pour la première fois depuis 1978, sous l'effet d'une augmentation de l'ordre de 4 % de la consommation, la production de tissus a augmenté. Simultanément — divine surprise ! —, le gouvernement mettait en place, au printemps de 1982, un plan investissement-emploi dont les bénéficiaires (3 015 entreprises sur les 6 000 que compte le secteur) ont obtenu un allégement de 8 à 12 % de leurs charges sociales en échange d'une augmentation de leurs investissements et/ou du maintien de leurs effectifs. Des recettes en hausse, des coûts en baisse : on n'avait pas vu cela depuis dix ans !

De fait, la simultanéité entre la relance économique et les allégements sociaux allait permettre à une industrie gravement atteinte de maintenir la tête hors de l'eau. Et, sur le plan global, de stabiliser ses effectifs tout en opérant un vigoureux effort d'investissement — + 30 % dans le textile, + 35 % dans l'habillement — à contre-courant de la tendance observée dans l'industrie en général.

Malheureusement, 1983 allait se présenter comme le négatif de l'année précédente. La stabilisation entreprise à la mi-juin 1982, puis la rigueur imposée au printemps de l'année dernière freinent brutalement la consommation des ménages.

Le processus de déclin tendanciel

Condamné par la cour de Justice de Luxembourg, le gouvernement a accepté de surseoir au renouvellement des contrats d'aide à l'industrie textile avant la fin de l'année 1983. Le marché s'effondre au moment où les subventions s'évanouissent. Les industriels du textile et de l'habillement savent qu'ils ne pourront plus compter que sur leurs marges brutes d'autofinancement pour survivre.