Cette rationalisation touche une industrie très affectée par le second choc pétrolier. En 1981, puis de nouveau en 1982, les profits des industriels de la chimie mondiale ont baissé (quand ils ne se sont pas transformés en pertes). Les produits qui ont fait les fortunes d'hier (les fibres et les plastiques en particulier) sont les boulets d'aujourd'hui. Un exemple : au début de 1983, le prix de vente du polyéthylène basse densité (avec lequel on fait notamment des sacs) était inférieur à celui de l'éthylène, dont on le tire ! Une légère reprise de la demande a permis, l'an passé, d'augmenter les prix (mais pas beaucoup en France, à cause de leur contrôle) et donc de retrouver un début de profitabilité. Mais il reste encore beaucoup de chemin à faire. Des fermetures d'installations récentes sont nécessaires, car il subsiste encore, dans la plupart des métiers de la chimie, de sérieuses surcapacités de production. Le Commissariat général du Plan, fin 1983, a d'ailleurs pronostiqué qu'en l'absence d'un « remodelage volontariste » de nos activités les pertes cumulées de cette industrie dépasseraient 18 milliards de F en 1988.

La situation de l'industrie chimique n'est pas sans rappeler celle de la sidérurgie. À un point près, celui des effectifs. Un drame financier, certes oui, mais pas un drame social.

Biotechnologies
Le défi des États-unis et du Japon

Les biotechnologies utilisent les potentialités des micro-organismes, des cellules végétales et des cellules animales.

De l'avis des spécialistes, les bio-industries domineront le début du XXIe siècle, comme le nucléaire et le spatial ont marqué la fin du XXe siècle.

Les domaines d'utilisation ainsi ouverts sont très nombreux : la pharmacie, la chimie, l'agriculture, l'agro-alimentaire, l'énergie et l'environnement.

Le marché mondial des bio-industries de la deuxième génération — en dehors des industries de fermentation traditionnelle — représente déjà actuellement 140 milliards de francs. Il aura plus que doublé avant 1990. La part de la France sur ce marché est actuellement de 7,5 %. L'objectif du IXe plan est d'atteindre 10 %.

Deux pays ont pris une grande avance sur les autres : les États-Unis et le Japon. La France et l'Europe ont à rattraper un lourd retard. À l'heure actuelle, 35 % des brevets concernant le génie génétique sont américains, 24 % sont japonais.

Un programme mobilisateur « essor des biotechnologies » a été lancé en France au début de 1982 par le ministère de l'Industrie. Les fonds mis à sa disposition sont passés de 30 millions en 1981, à 47 millions en 1982 et 95 millions en 1983. Mais, si louable soit-il, cet effort est loin d'être suffisant. À la vitesse où vont les découvertes dans les biotechnologies, la France sera rapidement distancée si les recherches très importantes menées dans les laboratoires ne sont pas développées par des groupes industriels. Les pouvoirs publics avaient ouvert en 1983 300 millions d'autorisations de crédit, dans le cadre des programmes.

François de Witt

Construction électrique et électronique

Les grandes manœuvres

Comparativement à la plupart des grands secteurs industriels, la construction électrique française a été longtemps épargnée par la crise. Ainsi, en 1982, son chiffre d'affaires (160 milliards de F, dont 37,5 % à l'exportation) a augmenté de 13,5 % en valeur, ce qui correspond à une progression en volume de l'ordre de 4 %.

Malheureusement, 1983 marque une nouvelle étape dans la décélération de l'activité du secteur. En effet, d'une part, les branches en difficulté, à savoir les biens d'équipement, ont continué de souffrir de la diminution tant des investissements privés que des commandes publiques (PTT, EDF), d'autre part, les branches saines (principalement les biens de consommation) ont subi le contrecoup du tassement du pouvoir d'achat des Français. Seule l'informatique, subventionnée par un marché porteur, est restée sur une trajectoire ascendante. Au total, selon les experts de la profession, on peut estimer à + 1,5 % — c'est peu — la progression (en volume) de la construction électrique en 1983.