Ce succès américain pour la Régie, le redressement commercial en France de Peugeot laissent espérer que l'automobile française est sur la voie du redressement et qu'elle retrouve sa vigueur par un accroissement des exportations.

La production poursuit à un rythme élevé le redressement déjà amorcé en 1982, mais elle se situe toujours 5 % au-dessous de son niveau record de 1979.

Cette augmentation est due pour une large part à la montée en cadence des fabrications de Renault aux États-Unis. De plus, au cours de la seconde moitié de l'année, le courant d'exportations s'est trouvé renforcé par les succès des nouveaux modèles français (BX, 205, R11) dans les principaux pays européens.

Pris de court

Le marché intérieur est resté étonnamment soutenu tout au long de l'année. Il ne se situe qu'à 0,3 % au-dessous du niveau de 1982, année record. Mais les constructeurs nationaux ont vu leurs ventes en France (988 365) baisser de 3,1 %, tandis que les importateurs augmentaient les leurs de 6 %, avec 479 223 voitures vendues en neuf mois, ce qui correspond à 32,7 % du marché, nouveau niveau record.

Le redressement des constructeurs français reste fragile et cantonné dans le domaine commercial. Renault comme Peugeot SA annoncent en effet de gros déficits (encore 2 milliards de F pour le groupe privé au titre de 1982) et ne retrouvent pas leur rentabilité en 1983, tant s'en faut. Les deux entreprises travaillent en effet en sureffectifs, alors que leurs grands concurrents mondiaux ont diminué leur personnel, parfois de façon drastique, afin de profiter des gains de productivité liés à l'introduction progressive de la robotique.

Peugeot annonce ainsi son intention de supprimer 7 761 emplois, avec plusieurs milliers de licenciements de travailleurs immigrés à l'usine Talbot de Poissy, en région parisienne. Le gouvernement, dans un premier temps, refuse en octobre ces licenciements. Jacques Calvet, président d'Automobiles Peugeot, est nommé conjointement président d'Automobiles Citroën, avec mission d'ajuster les effectifs aux besoins de cette entreprise.

Monopole nippo-américain

L'industrie automobile européenne dans son ensemble s'inquiète de ce qui se trame dans son dos entre le Japon et les États-Unis. Le numéro un et le numéro deux mondiaux, c'est-à-dire General Motors et Toyota, signent un accord qui prévoit la fabrication, dans une usine General Motors en Californie, de 200 000 Toyota Corolla par an, devant être vendues par le réseau et sous la marque Chevrolet. Cet accord est soumis à une commission fédérale américaine qui doit en juger le bien-fondé au regard de la loi antitrust. Ford, Chrysler et American Motors le critiquent violemment, et menacent, pour assurer leur survie, d'importer eux aussi des voitures japonaises. GM annonce d'ailleurs son intention d'importer, en plus des Toyota, 200 000 voitures par an construites par Suzuki au Japon, et de faciliter les ventes de petits utilitaires Isuzu. Une étroite coopération nippo-américaine semble s'engager dont l'axe GM-Toyota est le symbole, autour d'une répartition des segments du marché. Les Européens se sentent pris entre les Américains et les Japonais.

Deux nouveaux modèles

Avec la seule Peugeot 205 comme nouveau modèle, les constructeurs français font pâle figure au cours de cette année 1983, où l'actualité automobile se déroule à Genève (mars), à Francfort (septembre) et à Tokyo (octobre), les trois Salons qui, avec celui de Paris — il n'avait pas lieu cette année —, ont pris le pas sur tous les autres.

Certes, les constructeurs français proposent en cours d'année des modèles qu'ils qualifient de nouveaux : Renault 11 d'abord, mais aussi 205 et BX diesel, Fuego turbo, R 18 turbo diesel, ainsi que différentes « série spéciales » de Renault 5, de Renault 18 et Citroën Visa notamment, destinées à relancer les ventes fléchissantes de ces voitures.

La réussite de la 205

La Renault 11 est en réalité une version sans coffre proéminent de la R 9. Quant aux versions diesel et turbo des modèles existants, qui sont maintenant la règle dans la construction automobile française (du moins en ce qui concerne les modèles de milieu et de haut de gamme), leur sortie ne provoque plus qu'un intérêt limité de la part d'un public devenu très friand en véritables nouveautés.