Et Sihanouk ? Entre ses tournées européennes, ses retraites en Corée du Nord, ses visites à Bangkok, ses incursions en territoire khmer libéré, ses bouderies et ses menaces de démission, le président du Kampuchéa démocratique manœuvre avec son habileté coutumière dans l'espoir de renforcer sa position sur la scène internationale. Il est reçu le 27 avril à l'Élysée par François Mitterrand, à la veille du voyage que le président de la République doit effectuer en Chine au mois de mai. Cette visite permet au chef de l'État français de réaffirmer, devant les dirigeants de Pékin, la nécessité de parvenir à une solution négociée de la crise cambodgienne. Pékin, pour sa part, admet que la France a un rôle à jouer dans l'élaboration d'un processus de paix en Asie du Sud-Est.

Gérard le Quang

Chine

Le jeu triangulaire Pékin-Washington-Moscou

À peine constituée, la 6e Assemblée nationale populaire élit le 18 juin les nouveaux dirigeants de l'État, mais confirme le pouvoir du triumvirat déjà en place : Deng Xiaoping (79 ans), théoriquement retiré, devient président de la nouvelle commission militaire centrale ; Zhao Ziyang reste Premier ministre et, trois mois plus tard, à l'issue du XIIe Congrès du parti, Hu Yaobang sera réélu secrétaire du Comité central.

Ainsi Deng reste maître, à la fois, de l'armée, du gouvernement et du parti. Il peut donc se permettre de déplacer d'autres pions et même de modifier l'échiquier : ressuscité, le titre de président de la République est attribué à Li Xiannian. Élection tellement prévue qu'elle était annoncée comme une nouvelle illustration du rejet de l'héritage maoïste. Créé pour Mao Zedong en 1954, ravi en 1959 par son rival Liu Shaoqi mort en prison en 1969, supprimé en 1975 (après l'élimination du dauphin Lin Biao) afin d'éviter tout nouveau risque de complot, le titre est rétabli par Deng, comme s'il s'estimait maintenant assez fort pour ne plus craindre personne.

Compagnon de route de Mao, Li Xiannian est un modeste et son poste plutôt honorifique : au cours d'un mandat de cinq ans renouvelable une fois, il nomme (théoriquement) le Premier ministre et proclame l'état d'urgence ou de guerre bien qu'il ne soit plus, comme ses prédécesseurs, chef suprême de l'armée. À ses côtés, un vice-président, porte-parole notoire de la minorité mongole, Ulanhu. Un autre denguiste, Peng Zhen, ancien maire de Pékin, cible numéro deux — après Liu Shaoqi — de la Révolution culturelle, remplace le vieux maréchal Ye Jianying, devenu impotent, à la présidence du Comité permanent de l'Assemblée, poste numéro deux du régime.

Portrait
Li Xiannian : un charpentier devenu président

Âgé de 78 ans, croyait-on — ou 74 selon sa récente biographie officielle —, Li Xiannian, fils de paysan pauvre du Hubei, est charpentier lorsqu'il devient militant. Autodidacte, il est reconnu comme un économiste remarquable. Vétéran de la Longue Marche, il se révèle aussi efficace en chef militaire, administrateur, gestionnaire, maire d'une grande ville (Wuhan), ou responsable politique national. Il est servi par une faculté de travail appréciée par Zhou Enlai lui-même. Malgré quelques critiques pendant la Révolution culturelle, ces qualités de généraliste — alliées à la prudence, à la modestie et au sens des manœuvres — lui permettent d'échapper aux disgrâces qui frappent les dirigeants de diverses tendances. Longtemps vice-Premier ministre ou ministre des Finances, il reste membre du Bureau politique du parti pendant plus d'un quart de siècle. Entre maoïsme et modernisme, il est, pour Deng Xiaoping et ses adversaires, un trait d'union, une sentinelle de la continuité et des réformes raisonnables.

Le petit livre jaune

Le décès inattendu de Liao Chengzhi, qui a été pressenti avant Ulanhu pour occuper la vice-présidence, ôte un atout des mains de l'équipe dirigeante. Fils d'un proche du père de la République Sun Yatsen et expert du monde des affaires de Hongkong et Taiwan, Liao Chengzhi aurait rassuré les Chinois d'outre-mer — particulièrement ceux de Taiwan et Hongkong — inquiets du retour de ces territoires à la Chine populaire. À cinq reprises se poursuivent, à Pékin, des conversations sino-britanniques sur l'avenir de Hongkong, officieusement amorcées en septembre 1982 lors de la visite du Premier ministre Margaret Thatcher. Le bail accordé par la Chine au Royaume-Uni expire en 1997 et Pékin veut transformer en « région administrative spéciale » ce troisième centre bancaire et financier du monde.