Il est vrai qu'au regard des politiques menées dans les années précédentes, la masse des économies est impressionnante. Le ministre de l'Économie et des Finances envisageait initialement de réduire de 10 milliards de F les dépenses de l'État. Cette masse n'a pas été jugée réaliste par le Premier ministre, dans la mesure où elle se serait traduite par des efforts considérables de la part des secteurs jugés prioritaires. Il reste que 4 milliards d'économie ont pu être trouvés.

Fonction publique

Le projet de budget prévoit une augmentation de 4 % des traitements des fonctionnaires en 1984, soit moins que l'inflation. Or, le report de certaines revalorisations décidées pour 1983 aura pour conséquence une augmentation de la masse salariale des fonctionnaires supérieure à ce taux. En outre, la mauvaise humeur des syndicats de fonctionnaires se manifeste dès la rentrée de septembre 1983 lorsqu'ils constatent que les traitements ne suivent pas les prix. Il apparaît d'ores et déjà que les syndicats affirmeront leur volonté d'obtenir une revalorisation qui soit au moins égale au taux d'inflation prévu pour 1984 (5 %), outre un rattrapage de 1 % sur le retard du pouvoir d'achat pris en 1983.

La protection sociale

Si les régimes de Sécurité sociale paraissent devoir être équilibrés, les yeux se tournent vers l'assurance-chômage. L'exercice 1983 semble devoir se terminer avec un déficit cumulé de l'ordre de 11 milliards. Et les partenaires sociaux pressent l'État d'intervenir. Or, avec 32 milliards de F inscrits au projet de loi de finances pour 1984, celui-ci n'augmente sa participation que d'un peu plus de 8 %. Cette orientation paraît difficile à tenir.

Une nouvelle industrie : priorité no 1

Le Plan

Cet aspect spartiate du projet du budget vise à permettre le rétablissement de l'économie à court terme — notamment en ce qui concerne l'inflation et les échanges extérieurs. Mais, comme Jacques Delors l'indique à plusieurs reprises, c'est aussi un budget de « moyen terme », dont les objectifs, articulés sur ceux du Plan, embrassent le thème central du redéploiement. Concrètement, il s'agit d'alléger au maximum les dépenses qui ne sont pas directement productives pour affecter à l'industrie les crédits ainsi glanés.

Redéploiement

Comment se traduit ce redéploiement ? D'abord, par une réduction très sensible des budgets de plusieurs ministères. L'Équipement et l'Agriculture sont les premiers visés. Et, là encore, se pose le problème de la résistance que pourra opposer le gouvernement aux forces sociales. L'attention des agriculteurs, habilement détournée vers l'Europe au moment où s'opéraient les arbitrages les plus délicats, risque fort de se porter vers ce budget dès que ses premiers effets s'en feront sentir.

Ensuite, ce redéploiement se manifeste concrètement en trois grandes priorités.

Investissement productif

L'État agira sur trois ressorts. La recherche. Son budget atteindra 37,5 milliards de F en 1984, soit une progression de 15,5 %. Certains postes connaissent une progression spectaculaire comme la filière électronique, dont les crédits sont appelés à tripler en deux ans.

Les aides directes à l'industrie s'élèveront à 43,6 milliards, soit un accroissement de 14,4 %. Certaines composantes, comme les bonifications d'intérêt, s'accroissent peu, le gouvernement ayant préféré agir par le truchement des dotations en capital.

L'apport de l'État-actionnaire s'élèvera à 14,15 milliards contre 11,15 en 1983. La plus grande part de ces dotations aux entreprises publiques sera consacrée au secteur industriel (12,85 milliards, soit une hausse de 68 %). Il est toutefois manifeste qu'une partie de ces fonds risque fort d'être consacrée à la sauvegarde de secteurs en difficultés, comme la sidérurgie, plutôt qu'à l'industrie de pointe. Les pouvoirs publics n'en espèrent pas moins une hausse en volume de 14,5 % de l'investissement des entreprises nationales industrielles, contre 4,2 % en 1983.

Formation

La deuxième grande priorité a trait, selon la formule gouvernementale, à la « valorisation du savoir-faire des hommes ». Les crédits d'adaptation et de modernisation de l'appareil de formation sont, ainsi, en hausse de 19 % par rapport à 1983.