Alliance révolutionnaire démocratique (ARDE) : ses leaders sont les dissidents antisandinistes Eden Pastora (ancien vice-ministre de la Défense) et Alfonso Robelo. L'ARDE prône des options progressistes non-alignées. Elle compte 800 combattants environ.

Forces armées révolutionnaires du Nicaragua (FARN) : dirigées par Fernando Chamorro, les FARN — près de 500 hommes — défendent des options centristes.

La FDN et le Misurata opèrent à partir du Honduras, l'ARDE et les FARN à partir du Costa Rica.

La loi sur les partis

Sur le plan intérieur, après un premier semestre marqué par une forte polarisation des forces, la deuxième partie de l'année est apparue comme une phase de détente. La visite de Jean-Paul II, dans le cadre de sa tournée centre-américaine (du 2 au 9 mars), avait permis à l'opposition de montrer, sous la bannière de l'Église officielle, sa force, représentée par le très combatif archevêque de Managua, Mgr Miguel Obando y Bravo. Près de 500 000 personnes se sont massées le 5 mars dans la capitale — dont la population n'atteint pas le million d'habitants ! — pour écouter le pape, qui a mis en garde les catholiques contre une excessive politisation : un message très clair pour la junte que dirige Daniel Ortega, dont deux des principaux ministres sont des religieux, Miguel d'Escoto (Affaires étrangères) et Ernesto Cardenal (Culture).

L'accalmie du second semestre s'explique aussi par le fait que le Conseil d'État (organe législatif) a approuvé, le 17 août, la loi sur les partis politiques, en discussion depuis le mois de mai : demeurent interdites les formations « prônant un retour au régime somoziste ». Cette loi devrait accélérer le regroupement des dix partis existants autour du Front patriotique de la révolution (progouvernemental) ou de la Coordination démocratique (opposition libérale).

Surtout, selon le président du Conseil d'État, Carlos Nuñez, la loi sur les partis réaffirme la « volonté politique du Front sandiniste d'organiser des élections en 1985 », les premières de l'après-Somoza. Pour l'Église, la bourgeoisie et les États-Unis, les reports successifs des élections étaient jusque-là interprétés comme un signe de la « marxisation » des sandinistes et de leur désir de transformer le Nicaragua en véritable « démocratie populaire ».

L'avenir dira si l'annonce solennelle de la tenue du scrutin — mais à une date encore éloignée — témoigne du souci de la junte (où les éléments marxistes sont dominants quoi qu'on en dise) de créer une société « originale » ou s'il ne s'agit que d'une simple manœuvre tactique destinée à gagner du temps.

Jean-Louis Buchet

Salvador

Une guerre qui n'en finit pas

Les chances d'une solution négociée au Salvador ont paru se renforcer au cours du second semestre de 1983, malgré la poursuite des combats.

Au début de l'année, les forces gouvernementales sont sur la défensive. Les 8 000 à 10 000 guérilleros du Front Farabundo Martì de libération nationale (FMLN), qui contrôlent le tiers du pays environ, ont alors l'initiative et se permettent d'opérer relativement loin de leurs bases (départements de Morazán et de Chalatenango, notamment). En janvier, les révolutionnaires occupent temporairement la ville de Berlin (30 000 habitants), dans le département d'Usulután ; les semaines suivantes, de nombreux attentats secouent la capitale San Salvador.

La remontée des militaires

Pour l'armée régulière, la situation est préoccupante : les 55 conseillers militaires américains présents font état d'une faible combativité des troupes et l'antenne de la CIA (100 agents) souligne l'incapacité du commandement à utiliser les renseignements qui lui sont fournis. La rébellion, au début du mois de janvier, du colonel Sigfrido Ochoa Pérez, puis la démission, en avril, du ministre de la Défense, le général José Guillermo Garcia, témoignent en outre des divisions de l'armée.

Le renforcement de la tendance dure, à l'occasion de ce dernier départ, s'ajoutant aux effets d'un meilleur entraînement assuré par les Américains, sur place et au Honduras (120 bérets verts dans la base de Puerto Castilla), devait permettre de redresser la situation. Ainsi, pendant la deuxième partie de l'année, l'armée, bien mieux équipée et dirigée, parvient à faire face aux guérilleros ; elle prend même parfois l'initiative, à son tour. Grâce, en particulier, à un plus grand déploiement de forces (jusqu'à 15 000 hommes en action sur un total de 22 000), et à l'adoption d'une stratégie nouvelle : concentration de troupes dans les zones économiques vitales et les régions reconquises, utilisation de petites patrouilles mobiles opérant nuit et jour.