Comme en France, l'intégration des travailleurs étrangers et la limitation de l'immigration nourrissent de nombreuses polémiques ; celles-ci prennent un tour dramatique après le suicide d'un jeune détenu turc menacé d'expulsion. Avec 4,6 millions d'immigrés, dont un tiers de Turcs, la République fédérale fait face à une situation difficile ; partisan d'une politique restrictive, le gouvernement voudrait encourager les départs par l'octroi de primes de retour.

Une dette publique de 700 milliards

Les durcissements observés à propos de l'immigration et de la durée du travail s'expliquent par la volonté du gouvernement fédéral de réduire les charges de l'État et d'encourager une reprise économique qui se manifeste de façon timide. Certes, lors du débat de l'automne sur le budget 1984, le ministre des Finances met en relief les premiers succès de la politique économique depuis le changement de pouvoir.

Ainsi, après avoir reculé de 0,2 % en 1981 et de 1,1 % en 1982, le PNB allemand enregistre de nouveau une croissance de 0,5 à 1 % en 1983, avec la perspective d'atteindre 2,5 à 3 % en 1984. Le nombre de chômeurs ne cesse de grimper : 1,2 million en 1981, 1,8 million en 1982 et 2,3 millions en 1983, mais, pour cette dernière année, les chiffres seraient au-dessous des prévisions. De l'ordre de 5 à 6 % depuis 1972, l'inflation est tombée à 3 % en 1983. La balance des paiements connaît aussi un succès appréciable avec, en 1983, un excédent d'environ 10 milliards de marks ; après les records de 1982 (+ 51,2 milliards de marks) la balance commerciale affiche de nouveau des résultats très positifs.

Pour le gouvernement fédéral, ces premiers résultats prouvent le bien-fondé de sa politique d'austérité et d'assainissement des finances publiques. Il entend limiter l'endettement de l'État et le maintenir à un niveau inférieur à la progression nominale du PNB. Il veut modifier la répartition des dépenses publiques, en accordant plus d'importance aux investissements et en réduisant la part des dépenses improductives. Il commence aussi à consolider le système de financement des prestations sociales. La politique fiscale se propose d'encourager les investissements dans les entreprises et l'octroi des subventions étatiques sera plus sélectif. L'environnement international conditionne, pour une bonne part, la réussite de cette action.

Le grand problème auquel le gouvernement reste confronté est le chômage, partiellement aggravé par une arrivée massive de jeunes sur le marché du travail. Mais le gouvernement ne cesse de rappeler que le manque d'emplois est dû aussi à l'insuffisance des investissements productifs depuis les années 70 et à l'inefficacité des programmes conjoncturels de relance économique. Les difficultés des secteurs frappés par une crise structurelle augmentent les risques du chômage et grèvent davantage le budget de l'État.

La République fédérale produisait 53,2 millions de t d'acier brut en 1974 ; elle n'en produit plus que 35,9 millions en 1982, le nombre d'emplois tombant de 417 000 en 1960 à 252 000 en 1982. La restructuration de ce secteur sera extrêmement coûteuse. Le nombre de puits de charbon en exploitation est passé de 173, en 1957, à 37, en 1982 ; sur les 90 millions de t de charbon produites en 1982, 80 seulement ont été vendues. La même régression se constate dans la construction navale : en 1956, les chantiers navals allemands assuraient, en tonnage, 17,3 % de la construction mondiale ; ils n'en font plus que 3,7 % en 1982 (contre 48,5 % pour le Japon). Le déficit des chemins de fer constitue un autre gouffre financier avec 5,4 milliards de marks en 1970 et 18,8 milliards en 1983.

Malgré ces difficultés sectorielles, le gouvernement fédéral veut poursuivre sa politique d'assainissement du budget, non par l'augmentation de l'impôt, mais par la réduction systématique des dépenses de 6 à 7 milliards de marks par an, et, notamment, en accordant moins de subventions publiques. L'endettement supplémentaire de l'État, qui était de 40,9 milliards de marks en 1982 est réduit à 37 milliards dans le projet de budget 1984 ; ce budget n'augmente que de 1,8 % par rapport à 1983 : c'est la plus faible hausse depuis 1968. Malgré cette limitation, le service de la dette fédérale est devenu le troisième poste des dépenses de l'État, après les dépenses sociales et la défense. La dette publique totale (État fédéral, régions, communes, postes et chemins de fer) atteint, en 1983, le chiffre fantastique de 700 milliards de marks. À titre de comparaison, le projet de budget de l'État fédéral prévoit pour 1984 des dépenses pour un total de 257,75 milliards de marks. Pour le gouvernement fédéral, il fallait donner un coup de frein sévère à une politique qui hypothèque l'avenir.

Politique étrangère : la continuité

Contrairement aux changements qui s'amorcent dans le secteur socio-économique, le domaine de la politique étrangère demeure celui de la continuité. Ministre des Affaires étrangères depuis 1974, Hans-Dietrich Genscher conserve les mêmes fonctions dans le gouvernement Kohl et la nouvelle coalition essaie davantage de rassurer ses partenaires étrangers que d'innover. Les grandes décisions de politique étrangère ont été prises par les chanceliers Adenauer et Brandt, et les mêmes contraintes s'imposent à tous les gouvernements de Bonn depuis 1949 : le poids du passé, la division nationale et la souveraineté limitée.