De leur côté, les étudiants des années 70, puis 80 se sont montrés très sévères envers une institution qu'ils jugeaient souvent « coupée du monde de la vie » et qui surtout les préparait à peu de métiers. Tous ces phénomènes ont provoqué une crise dans l'enseignement supérieur. Les imperfections de ce dernier sont nombreuses : prise en compte insuffisante des réalités économiques, isolement par rapport à la société active, faiblesse des échanges entre le secteur de la recherche et celui de la production, et surtout rejet sans formation de milliers d'étudiants qui abandonnent leurs études souvent au niveau du premier cycle universitaire.

Conscient de ces imperfections, Alain Savary a décidé de s'attaquer à l'ensemble du système d'enseignement supérieur et de réviser la loi d'orientation de 1968. Un universitaire, Claude Jeantet, est chargé par le ministre de préparer une nouvelle loi. Un an de travail, de nombreuses commissions, des questionnaires aux universités, des auditions permettent à Claude Jeantet de rédiger un projet. Celui-ci, revu par le ministre et adopté par le gouvernement, est déposé au printemps 1983 sur le bureau de l'Assemblée nationale.

Refus de la sélection

Sans entrer dans le détail d'une loi aux nombreux articles (plus de soixante), il est possible de recenser les principes qui ont guidé la réflexion et les choix du ministre. Premier point, l'accès aux études supérieures. Selon Alain Savary, il faut répondre positivement au besoin de connaissance et de haute qualification d'un grand nombre de jeunes et d'adultes. Une sélection ne doit pas être instaurée à l'entrée de l'université.

Pour former plus d'étudiants, pour combattre les inégalités d'accès aux études supérieures, le ministre choisit de lutter contre l'échec universitaire dès le premier cycle. C'est au cours de cette période du cursus que les étudiants sont les plus nombreux à quitter l'université, parfois sans même avoir obtenu un diplôme de fin d'études.

Rénové, ce premier cycle nouvelle formule doit permettre une meilleure orientation des étudiants. À travers l'approfondissement des disciplines (par exemple technologie et production, organisation économique et sociale...), les jeunes sont censés acquérir des méthodes de travail et se sensibiliser à la recherche. Les étudiants ont ensuite la possibilité d'accéder à un deuxième cycle regroupant des formations générales et professionnelles. Celles-ci offrent aux étudiants la possibilité de compléter leurs connaissances et de s'initier à la recherche scientifique. Elles sont organisées en vue de la préparation à une profession ou à un ensemble de professions.

La professionnalisation

La volonté du ministre et de ses conseillers est de rompre avec un système d'études supérieures exclusivement calqué sur une logique disciplinaire. Prenant en compte les expériences et les initiatives qui se sont multipliées depuis les années 70 pour mettre en place des enseignements correspondant aux emplois offerts par le monde économique, le ministre souhaite les développer. Les actuelles filières spécialisées en fonction des disciplines académiques (surtout dans les disciplines littéraires) devraient ainsi être progressivement remplacées par des regroupements d'activités.

La loi propose de « professionnaliser les études universitaires ». Les disciplines sont toujours présentes, mais elles deviennent des éléments de la connaissance, qui permettent de résoudre les problèmes posés par les différentes activités économiques, sociales et culturelles. Une initiation à la vie professionnelle doit être instituée. Parmi les propositions figurent l'intervention des praticiens — comme cela se fait dans les grandes écoles — et la participation des étudiants à des stages dans des entreprises ou des administrations. Pour les étudiants qui poursuivront leur formation vers un type de métier, cette initiation pourra être l'amorce de leur spécialité future. Ils devraient sortir du premier cycle munis d'un certificat validant le travail accompli pendant leurs études. À ceux qui quitteraient encore l'université avant la fin du premier cycle, les formations assurées devraient apporter une amorce de formation professionnelle.