Actuellement, les applications industrielles se classent en deux familles : les opérations de contrôle de tous types à grande cadence, qui représentent 80 % des installations (contrôle de présence, contrôle dimensionnel, état de surface), et les opérations de commande des robots industriels, pour l'instant limitées par le nombre de robots employés (on compte un millier de robots industriels en service en France).

Contrôle

Les utilisations les plus simples portent sur la détection ou la vérification de présence d'objets. Le constructeur américain Chevrolet emploie un ensemble de huit caméras pour vérifier les calandres de camions embouties, tâche naguère difficile et fastidieuse : l'opérateur devait vérifier visuellement la présence de 86 trous sur les cinq faces. Ce sont également des problèmes de conditions de travail, et par suite de qualité des produits, qui ont poussé Jaeger, à Châtellerault, à adopter la vision artificielle pour contrôler les montres à affichage. Auparavant, les ouvrières, pour chaque montre, devaient regarder les chiffres défiler pendant une minute pour vérifier le bon allumage des bâtonnets composant les chiffres. Après 6 heures de travail d'affilée, leurs yeux ne décelaient plus rien.

Désormais, les montres sont placées dans un montage électronique qui fait avancer les chiffres, aussitôt reconnus par l'ensemble de vision : il faut 1,2 seconde pour contrôler un chiffre et le déroulement du cycle de contrôle s'effectue en 36 secondes.

C'est encore la précision des mesures obtenues qui a incité Moët et Chandon à utiliser la vision artificielle pour contrôler les niveaux de champagne dans les bouteilles. Avantages : chaque bouteille de 750 ml est contrôlée avec précision et il est possible de tenir des statistiques de production. Cette méthode a fait ses preuves ; elle est en cours d'homologation par le Bureau français des mesures.

Robots

Deuxième grande famille d'applications, promise à un grand essor : la commande de robots, dotés d'« yeux » artificiels. Les informations de position et d'orientation des objets à saisir, définies par l'ordinateur, sont envoyées à l'armoire de commande du robot. Un programme de travail déjà enregistré (insertion d'un composant, par exemple) prend le relais et assure la dépose de l'objet à l'endroit voulu. Quantité d'exemples ont été présentés à l'Exposition Robot 7 de Chicago, en avril, et à l'Exposition mondiale de la machine-outil de Paris, en juin. Ainsi, un des grands utilisateurs est l'industrie électrique, pour laquelle des robots viennent implanter des composants sur des circuits imprimés. Dans l'industrie informatique, aux États-Unis, des robots associés à un système de vision assurent le montage de claviers de terminaux. Le système de vision effectue la reconnaissance des caractères inscrits sur les touches, rejette les touches non conformes (caractères mal formés) et informe un robot de tri, qui va ranger les touches. Un second robot effectue ensuite l'assemblage du clavier en prenant les touches une à une. En France, chez Matra, un robot relié à un système de vision vient prélever les instruments nécessaires (compte-tours, indicateurs, boutons-poussoirs) pour les monter dans un tableau de bord. D'autres secteurs de l'automobile effectuent de nombreux essais en manutention et assemblage avec un robot de vision. Par exemple, un robot va chercher des vilebrequins empilés en semi-vrac à Renault-Cléon ; c'est encore un robot qui assure le montage des charnières sur les portes chez Fiat-Rivalta.

« Intelligence »

En soudage à l'arc, la vision en deux dimensions rend les robots plus « intelligents ». Jusqu'à présent, devant des pièces imprécises, ils n'avaient pas de possibilité de corriger leurs trajectoires ; ils soudaient à côté. Aujourd'hui, en projetant des faisceaux lasers sur le joint à souder et en analysant l'image obtenue par caméra, on déduit les variations de position du joint et l'on modifie le déplacement du robot (d'où le nom donné à ces systèmes : suivi-de-joint).