Pour le centenaire de la mort de Richard Wagner, Barenboïm crée (20 et 21 janvier) à Pleyel La descente de la Courtille, une œuvrette écrite par le maître à Paris, en 1840, et en pleine misère.

Fin janvier, l'Opéra de Berlin-Est présente aux Champs-Élysées Tannhäuser et Les maîtres chanteurs de Nuremberg : la mise en scène est tellement inexistante que l'on ne retient que Siegfried Vogel dans le 3e acte de Parsifal (version concert). Linda Esther Gray triomphe (5 février) dans Tristan et Isolde ; succès pour Abbado et Strehler dans la reprise de Lohengrin à la Scala ; Le vaisseau fantôme (par Karajan), à Salzbourg (4 avril), n'a pas plus convaincu qu'en 1982 ; par contre, le Tannhäuser du Mai musical de Florence (30 avril) est une magnifique reconstitution dans les décors originaux, signés par l'Allemand Klaus Michaël Gruber. Une autre version concert, celle de L'or du Rhin au palais Garnier (13 mars), fait briller le chef dresdois Siegfried Kurz.

Hélas, la grâce du centenaire n'a pas touché l'association Georg Solti-Peter Hall à Bayreuth même. Pourtant, qui pourrait oublier la première tétralogie gravée sur disques par Solti dans les années 60, dont Decca republie des extraits ? Le disque n'est-il pas un support de rêve pour célébrer Wagner ? Deux séries de coffrets, EMI-VSM et Deutsche Grammophon, couvrent le chant wagnérien de 1926 à 1971 ; Rodolphe réédite Le vaisseau fantôme dirigé en 1944 par Clemens Krauss avec Hans Hotter, et Fonit-Cetra Le Ring de W. Furtwängler à la Scala en 1950 ; Les maîtres chanteurs dans la version 1951 de Karajan, celle de la réouverture de Bayreuth après la guerre, sont repris (par EMI-VSM) ainsi que deux nouveaux Tristan fétiches, ceux de C. Kleiber (Deutsche Grammophon) et de L. Bernstein (Philips). Quant aux livres, ils sont nombreux !

Verdi et Brahms

Pour Verdi, aucun anniversaire mais la pellicule. La Traviata, devenue un film de Franco Zeffirelli et pendant dix semaines successives un feuilleton, nommé Verdi et signé Renato Castellani, a intrigué les téléspectateurs en vacances. Verdi la star, mais aussi Verdi le chant, quand le ténor Luciano Pavarotti aime Luisa Miller (Palais Garnier, 30 mai, reprise du coffret Decca de 1975 avec le même Pavarotti et Montserrat Caballé), quand Carlo Maria Giulini signe Falstaff (Deutsche Grammophon), après de nombreuses années d'absence du lyrique, et que Giuseppe Sinopoli, compositeur italien d'avant-garde, dirige Nabucco (Deutsche Grammophon). À Vienne, le 13 mars, Ricardo Muti conduit un Rigoletto exemplaire d'après la version originale ; faut-il alors signaler le Rigoletto de Bâle, en visite aux Champs-Élysées (avril) ? Jean-Claude Auvray, le meneur en scène, tue Gilda une seconde fois en la plongeant au milieu des gangsters de Chicago dans les années 20 ! On ne retiendra pas plus l'Aïda des Chorégies d'Orange (13 juillet) malgré la présence de Margarita Castro-Alberty.

Rossini à l'affiche de 1983 : Le comte Ory (mis en scène par Jean-Pierre Ponnelle) à Bruxelles (avril), qui marque le retour à la scène de Rita Gorr, une Cendrillon à Aix-en-Provence qui déçoit, malgré L. Valentini-Terrani (à cause de l'acoustique du Pavillon Vendôme ?) ; le traditionnel festival de Pesaro présente la première version italienne du Moïse, l'Opéra de Paris ouvre sa saison avec la seconde version, dite française.

Filiation tragique avec Rossini, La Gioconda de Ponchielli à Orange (juillet) laisse peu de traces, en dépit de Montserrat Caballé ; filiation bouffe, le festival de Bordeaux (mai) inaugure la saison festivalière avec Le barbier de Séville de Paisiello, tandis que le Théâtre San Carlo de Naples présente à Versailles le Flaminio de Pergolèse, dans une conception du célèbre musicologue italien Roberto de Simone (11 juin).

En 1833 naissait Johannes Brahms. À cette occasion, beaucoup de concerts sont donnés, mais on retiendra surtout la parution de l'intégrale discographique du maître chez Deutsche Grammophon (exception faite de deux ou trois opus). Magnifique monument qui révèle, en particulier, la musique vocale fort méconnue (Decca propose un coffret piano de Brahms par J. Katchen).