Le groupe créé aux États-Unis pour étudier les causes de la perte des défenses naturelles dans ces cas d'affections multiples oriente ses travaux dans deux directions.

La première concerne la présence de virus du groupe herpès. Parmi les symptômes les plus constants, on observe des ulcères herpétiques de la bouche et de l'anus pouvant atteindre 20 cm de diamètre, causés par le virus de l'herpès simplex, types 1 et 2. On trouve, dans les globules blancs de ces malades, un autre virus de la même famille, le cytomégalovirus, responsable de la baisse d'immunité cellulaire. Une étude californienne montre que 94 % des homosexuels masculins âgés d'au moins trente ans contre 54 % d'hétérosexuels sont porteurs de cytomégalovirus. On décèle la présence de l'acide nucléique de ce virus dans les cellules du sarcome de Kaposi. On pense que le cytomégalovirus seul ne peut induire le cancer.

La seconde direction de recherche se tourne vers la toxicomanie, et en particulier vers l'usage d'une substance très prisée chez les jeunes drogués américains : le nitrite d'amyle. Cette substance était utilisée au siècle dernier contre l'angine de poitrine en raison de ses propriétés vasodilatatrices. Les poppers (boutons-pression) de nitrite d'amyle sont de petites capsules de verre qui font un bruit sec lorsqu'on les brise pour en respirer la vapeur qui s'en dégage, d'où leur nom. La nocivité du produit n'a pas été démontrée, il reste en vente libre aux États-Unis. La toxicité du nitrite d'amyle pourrait être liée à un groupe tissulaire particulier.

Renouveau de la médecine naturelle

Les médecines naturelles sont à l'honneur : des actions diverses tendent à retrouver et à rationaliser les thérapeutiques traditionnelles à base de plantes.

La faculté de médecine de Bobigny, dans la région parisienne, les a introduites dans les programmes d'enseignement. Un forum des médecines naturelles réunissait à Paris, du 28 février au 1er mars 1982, environ 3 000 personnes. Enfin, deux laboratoires du CNRS à Strasbourg — l'institut de physiologie et le laboratoire de chimie organique des substances naturelles — mènent des travaux sur l'action anticancéreuse de substances de la pharmacopée extrême-orientale, surtout la chinoise.

Un certain nombre de champignons de la famille des polyporacées (proches du bolet) ainsi que des moisissures parasites du ver à soie ont, en Chine, la réputation de guérir le cancer. On a montré qu'ils contiennent tous des quantités importantes de composés proches du cholestérol, les hydroxystérols.

Guérison totale

Les expériences menées à Strasbourg se sont déroulées en deux temps : d'abord sur des cultures de cellules cancéreuses, pour isoler et purifier les substances qui arrêtent la prolifération cellulaire ; ensuite, sur des souris auxquelles on a inoculé un cancer de la glande mammaire. Lorsque le cancer est bien développé, ce qui se traduit par un accroissement considérable du poids de l'animal, on injecte des solutions plus ou moins concentrées d'hydroxystérols. À concentration suffisante, la guérison totale est observée dans les 24 heures ; le poids des animaux redevient et reste normal.

Comment expliquer ce résultat ? Les hydroxystérols bloqueraient le métabolisme du cholestérol. Celui-ci est indispensable aux cellules ; c'est l'un des constituants de la membrane cellulaire. Les cellules normales captent le cholestérol du sang, qui est fixé sur la membrane par des récepteurs. Les cellules cancéreuses ne peuvent capter le cholestérol et sont obligées de le produire elles-mêmes à l'aide de composants intracellulaires. Les hydroxystérols interviennent dans cette fabrication en inhibant une enzyme nécessaire à la synthèse du cholestérol.

Laetrile : un faux remède contre le cancer

L'Institut américain de recherches sur le cancer a rendu public les résultats d'un essai thérapeutique sur les effets anticancéreux d'un produit à base de noyau d'abricot, le laetrile.

Cette publication, datée de janvier 1982, devrait mettre fin à la réputation anticancéreuse de ce composé, qui, pendant trente ans, a abusé plus de 70 000 cancéreux américains et un nombre indéterminé de ressortissants d'autres pays. L'un des cas les plus célèbres est celui de l'acteur américain Steve McQueen, mort d'un cancer en juillet 1980. Quelques semaines auparavant, il vantait devant les caméras de télévision les bienfaits du laetrile, dont il suivait un traitement dans une clinique privée du Mexique.