Événement encore, toujours dans le registre historique, mais avec d'évidentes correspondances avec l'Amérique d'aujourd'hui, le Ragtime de Milos Forman, à la fois somptueuse reconstitution, analyse intelligente de la formation du melting pot et impitoyable réquisitoire contre le racisme.

Événement aussi, dans la mesure surtout où il représentait très officiellement les États-Unis à Cannes, le Missing tourne outre-Atlantique par Costa-Gavras, qui dénonce sans ambages la complicité des gouvernants de Washington dans le putsch militaire chilien et dans la sanglante répression qui suivit. Un film évidemment plus militant qu'artistique, mais où la démonstration n'exclut pas l'émotion — grâce aussi à Jack Lemmon, récompensé à Cannes, et à Sissy Spacek, qui aurait pu l'être... Une preuve éclatante de la liberté d'un cinéma ou l'on n'a jamais hésité à évoquer en termes critiques les problèmes les plus dérangeants, qu'ils soient politiques ou sociaux.

C'est, d'ailleurs, ce cinéma de contestation et de constat dérangeant qui a, si l'on met de côté Les aventuriers, inspiré les meilleurs films de l'année : Ragtime et, dans une certaine mesure, Reds, mais aussi Absence de malice, où Sidney Pollack met en garde les journalistes contre le dangereux syndrome du Watergate, qui les transforme en Zorro du sensationnel aux dépens de la vérité, toujours plus nuancée. Un film à la fois rigoureux et vigoureux, où Paul Newman, 57 ans, n'a jamais été aussi beau et convaincant.

Témoignages

Moins explicatif, plus personnel, Arthur Penn, dans Georgia, dénonce, lui, le miroir aux alouettes du fameux rêve américain. Avec une vigueur et une tendresse rares, il brosse la chronique de l'Amérique des années 60 à travers l'amitié d'un trio de garçons amoureux de la même fille ; c'est violent et nostalgique, surprenant, émouvant, et il est bien dommage que le public français, peut-être parce qu'il n'a pas trouvé ici son lot de vedettes, ait relativement boudé.

Au chapitre des témoignages sur l'Amérique d'aujourd'hui, quatre films encore à signaler : Le prince de New York, où Sidney Lumet vous plonge dans la corruption de la police new-yorkaise ; Police frontière, où Tony Richardson pose le problème de l'immigration clandestine des Mexicains et, encore, de la corruption policière ; Sanglantes confessions, qui lève un pan du voile recouvrant généralement pudiquement les affaires... séculières et souvent pas très catholiques de l'Église américaine (avec un beau duel Robert Duvall - Robert de Niro) ; et, enfin, Une femme d'affaires qui nous emmène dans les coulisses et les spéculations parfois criminelles des requins de Wall Street, sur les pas de la belle Jane Fonda, qui a également produit le film et suggère ici que les émirs arabes sont devenus les maîtres d'une économie mondiale qui ne dépend que de leur bon vouloir.

Il faut aussi saluer le film d'Ivan Passer, peut-être plus modeste que celui de son ami Forman mais d'une force troublante, Cutter's Way, regard d'autant plus féroce qu'il émane ici d'un ancien du Viêt-nam, infirme à jamais, sur le monde égoïste et amoral de la grande bourgeoisie californienne.

Abandonnant — pour un temps — les étoiles (sauf dans Outland, western du ciel avec, pour shérif, Sean Connery) pour les stars plus terrestres, le cinéma américain a aussi redécouvert le charme des comédies sentimentales reposant sur de grands interprètes. Avec La maison du lac, bluette du troisième âge à laquelle Katharine Hepburn et surtout Henry Fonda (qui joue ici pour la première fois avec sa fille Jane et dont ce pourrait bien être le dernier film) donnent une dimension bouleversante, car, derrière leurs personnages de retraités hantés par la mort, c'est toute une époque, elle-même en train de disparaître, qui crève nostalgiquement l'écran. Avec, aussi, le délicieux retour d'un très vieux monsieur, rescapé de la même grande époque, Georges Cukor qui, dans Riches et célèbres, a tissé entre Candice Bergen et la ravissante Jacqueline Bisset la toile émouvante et drôle d'une amitié mouvementée.