Amours tarifées et vaudevillesques dans Le cadeau, de Michel Lang, qui ne nous cache rien de la parfaite anatomie de Clio Goldsmith. Amours rêvées, enfin, du Beau mariage, d'Eric Rohmer, deuxième volet d'une série intitulée Comédies et proverbes, où l'on retrouve Béatrice Romand, naguère héroïne du Genou de Claire, dans le rôle malheureusement trop bavard d'une jeune femme qui ne parvient pas à se faire épouser. Amours, enfin, mouvementées entre un père et sa fille dans le léger mais assez décevant Tout feu tout flamme, de Jean-Paul Rappeneau, où toutefois, face à un Montand assez caricatural, Isabelle Adjani trouve un joli rôle de comédie.

L'amour, bien sûr, n'est pas non plus absent des quelques films plus historiques — un genre curieusement assez rare dans notre production — qui ont jalonné l'année. Le plus spectaculaire est celui de Daniel Vigne — un débutant au grand écran — Le retour de Martin Guerre. Une reconstitution très soignée d'un fait divers authentique, dans l'Ariège du Moyen Âge, dont les traditions et la vie quotidienne sont évoquées avec un soin scrupuleux, et une composition admirable de Depardieu — toujours lui — et de Nathalie Baye.

Le plus décevant, parce qu'on en attendait mieux, est celui de Jean-Louis Comolli, L'ombre rouge, une évocation pesamment démonstratrice du rôle de l'URSS dans la guerre d'Espagne. Le plus académique reste celui que Michel Drach a consacré à Guy de Maupassant, malgré tous les efforts d'un Claude Brasseur victime notamment d'un maquillage impossible. Le plus émouvant, enfin, restera comme le dernier film de la si belle, si sensible, si sensuelle, si éclatante Romy Schneider, disparue au printemps 1982 après avoir lutté pour incarner cette Passante du Sans-Souci à double et identique visage. Femme amoureuse, mère (ici adoptive) attentive, et militante courageuse dans le combat contre un racisme et un fascisme toujours renaissants, Romy, ici, arrache des larmes. Un bouleversant rôle testament pour cette star internationale déjà entrée dans la légende.

Du reste de la production de l'année, on peut encore rappeler le sensible Amour nu, de Yannick Bellon, où Marlène Jobert est émouvante et pudique dans le rôle d'une jeune femme frappée par le cancer, le fluet mais charmeur Croque la vie, de Jean-Charles Tachella, pour le trio Carole Laure - Brigitte Fossey - Bernard Giraudeau, la décevante Guérillera, de Pierre Kast, le familial et assez ennuyeux Pont du Nord, de Jacques Rivette (avec Bulle Ogier et sa fille Pascale), et le lourd Bourgeois gentilhomme, où Roger Coggio, pourtant bien servi par Michel Galabru, n'a pas retrouvé l'inspiration de ses Fourberies de Scapin de naguère. Et aussi, pour son originalité et son intelligence, le documentaire qu'Agnès Varda, de retour derrière les caméras, a consacré aux compositions murales californiennes dans Murs murs.

Dans l'ensemble, donc, un niveau plus qu'honorable, l'abandon, qui semble se dessiner (si l'on oublie la malheureuse sélection cannoise), d'une marginalité obstinée, au profit d'un cinéma grand public de qualité. Mais une tendance dangereuse, de la part de la presque totalité des metteurs en scène (sans doute poussés par le désir de trouver plus facilement leur financement), à tout miser sur une interprétation prestigieuse, au détriment parfois de la solidité du scénario et de l'originalité de la mise en scène.

États-Unis

Bien qu'en légère perte de vitesse dans les faveurs du public français le cinéma américain reste cette année celui par qui l'événement arrive...

Événement que les fabuleux Aventuriers de l'Arche perdue, éblouissante galopade archéologique où l'on n'a jamais le temps de reprendre souffle. Steven Spielberg — qui a depuis retrouvé le cosmos avec ET, un conte galactique plébiscité lors de sa présentation en clôture du festival de Cannes — y démontre que l'on peut, à la fois, disposer d'un immense budget et ne rien perdre de ses facultés d'invention et d'humour.

Événement que Reds, le feuilleton historique tourné par l'acteur Warren Beatty sur la brève mais spectaculaire carrière de John Reed, journaliste américain témoin de la Révolution d'octobre en Russie et auteur des célèbres Dix jours qui ébranlèrent le monde. Courageuse, parce que sa tendresse pour ce radical, fondateur du parti communiste aux États-Unis, risquait de ne pas plaire à l'Amérique reaganienne, honnête, parce qu'il n'y fait aucune erreur grossière, et passionnante, parce qu'il a su mêler histoire et destins individuels, la fresque fleuve de W. Beatty donne à Diane Keaton, qui interprète la féministe Louise Bryant, l'un de ses plus beaux rôles.