Même constat pour la production industrielle (3,4 % au lieu des 4,7 fixés), la productivité du travail (2,7 au lieu de 3,2) et la production agricole (– 2 % par rapport à 1980). La récolte des céréales est de 175 millions de t, alors que l'objectif moyen du Plan s'établit à 240 millions ; la production de viande stagne ; celle du lait, du coton, des betteraves à sucre baisse.

Hormis pour le gaz (465 milliards de m3), la production d'énergie — pétrole (609 millions de t), électricité (1 325 milliards de KWh), charbon (704 millions de t) — est également inférieure aux prévisions. Le constat général est si sombre que le chapitre des investissements — déjà modeste — est révisé en baisse : + 10,4 % au lieu des 12 à 15 % prévus.

Les principales victimes de cette crise sont bien sûr les consommateurs, et ce n'est pas sans raison que Leonid Brejnev affirme que « le problème de l'alimentation est le problème central de tout le quinquennat ». En province, des tickets de rationnement sont distribués, et, à Moscou comme ailleurs, les magasins d'alimentation sont le plus souvent vides.

Pragmatiques, les Soviétiques pallient certaines des insuffisances économiques en continuant de commercer avec l'Occident, sachant qu'en dépit des affaires afghane ou polonaise et de leur endettement croissant (19 milliards de dollars) les candidats ne manquent pas. Ce sont les contrats d'achat de céréales avec les États-Unis, le Brésil ou le régime fasciste argentin ; c'est aussi le fameux contrat du siècle gazier avec la France (8 milliards de m3 livrés chaque année, pendant 25 ans) et six autres pays européens.

Relations en dents de scie mais pas de rupture, et même perspective d'une rencontre au sommet en octobre 1982 : ainsi peut être résumé l'état des rapports Moscou-Washington depuis juillet 1981.

Le Kremlin, qui craint particulièrement le surarmement occidental, multiplie les initiatives pour geler le processus, se donnant, comme à l'ordinaire, le beau rôle de chantre de la paix. Quand Ronald Reagan annonce, en août 1981, sa décision de construire la bombe à neutrons, Moscou dénonce les « instincts anthropophages de Washington ». L'URSS réitère ses accusations en octobre, quand le président américain dévoile son programme stratégique, qualifié de « programme de guerre » par l'agence Tass.

USA

Mais, quand, en novembre, le même Reagan propose d'annuler le déploiement prévu des Pershing en Europe en échange du démantèlement des SS-20, Moscou répond : « Pure propagande ! » La réaction est à peu près identique lorsque la Maison-Blanche propose de réduire d'un tiers le nombre d'ogives nucléaires des missiles balistiques. Le « non » est cependant plus nuancé, Brejnev reconnaissant que la volonté manifestée par le président américain de reprendre les pourparlers marque « un pas dans la bonne voie ».

Mais, pour le Kremlin, il n'y a de « bonne voie » que tracée par lui-même, et, face à Washington, Moscou n'est pas en retard de propositions. En février 1982 L. Brejnev suggère de diminuer des deux tiers au moins le nombre des armes nucléaires à moyenne portée en Europe. En mars, il annonce que l'URSS n'installera plus de nouveaux missiles SS-20 en Europe, tout en rappelant que, si les Occidentaux ne faisaient pas de même, ce moratoire serait nul et non avenu.

Quand, en avril, R. Reagan, oubliant l'affaire polonaise, les mises en garde et les sanctions prises contre l'URSS, invite L. Brejnev à le rencontrer en juin à New York, le numéro un soviétique, qui avait dénoncé avec la plus extrême vigueur l'attitude américaine après le coup de Varsovie, répond oui. Mais, soucieux de garder l'initiative, il propose le mois d'octobre, en Finlande ou en Suisse.

Europe

Si le Kremlin ne néglige pas, bien au contraire, une reprise du dialogue avec les Américains, c'est vers les Européens qu'il centre sa stratégie. Fissurer sinon casser l'Alliance atlantique en convainquant les Européens de leur destin continental est son principal objectif, et ce n'est pas sans raison que Moscou réagit avec modération à la déclaration des Dix en janvier 1982 sur la Pologne.