Sur quoi, le 25 février, la Mission d'information de l'Assemblée nationale entend, à Paris, deux invités de marque, interrogés sur la fuite des capitaux français. Le premier, le conseiller national Jean Ziegler, socialiste, célèbre par son livre Une Suisse au-dessus de tout soupçon, lance des déclarations fracassantes. Selon lui, 650 000 citoyens français ont déposé, au total, quelque 500 milliards de francs dans leurs comptes secrètement ouverts à Genève, Lausanne, Bâle ou Zurich. Le second, Maurice Aubert, directeur d'une banque genevoise, fait savoir à ses interlocuteurs que de tels chiffres n'ont ni sens ni raison. Mais alors combien... ? On ne le saura jamais.

Un incident plus sérieux agite les milieux financiers. Tandis que le gouvernement français nationalise la Banque de Paris et des Pays-Bas, un groupe d'hommes d'affaires parvient à s'assurer le contrôle de sa succursale suisse, dont le siège est à Genève. Rachetée par une société dénommée Pargesa, Paribas-Suisse restera donc une entreprise privée. Fureur à Paris, et démission du P-DG de Paribas, Pierre Moussa, soupçonné de n'avoir pas tout tenté pour empêcher l'opération.

Mais, entre Paris et Berne, les relations ne se tendent pas. Au contraire, elles deviennent chaleureuses. Le président François Mitterrand reçoit le conseiller fédéral Pierre Aubert le 6 novembre, puis le président de la Confédération, Fritz Honegger, le 11 mai. Bien plus, il fait savoir qu'il se rendra lui-même en Suisse.

Attentats

Au chapitre des relations internationales, il faut noter d'autres épisodes, fort divers. Et d'abord une série d'explosions. Le 9 juin 1981, un jeune Arménien, Mardiros Jamgotchian, assassine un employé du consulat de Turquie à Genève. Le 19 décembre, il sera condamné à 15 ans de réclusion. Et, entre ces deux dates, nourrissant le vain espoir d'obtenir sa relaxation, l'Armée secrète pour la libération de l'Arménie (ASALA) commet plusieurs attentats aveugles. Le 19 juillet, peu de chose : une corbeille à papier explose au Palais fédéral, sans faire de victimes. Le lendemain, une bombe saute à l'aéroport de Zurich-Kloten : cinq blessés légèrement atteints. Le surlendemain, le sang coule au rayon dames et enfants d'un Uniprix lausannois : l'engin placé parmi les piles de lingerie blesse une vingtaine de personnes. Et, le 22, une bombe déposée à la gare de Genève-Cornavin tuera, cette fois, un innocent jeune homme qui passait par là.

Les terroristes commettront plusieurs attentats de moindre importance. Puis renonceront.

C'est un Suisse, le jeune Bruno Breguet, qui se voit condamner à 5 ans d'emprisonnement le 22 avril, par la 31e Chambre correctionnelle de Paris. Il avait été arrêté le 16 février dans un parking des Champs-Élysées, en compagnie d'une Allemande, Magdalena Kaupp... et d'une voiture où la police avait saisi des explosifs. Âgé de 32 ans, Bruno Breguet n'en a pas moins une carrière déjà longue. On le croit ami de l'insaisissable Carlos. Membre de l'OLP, il a purgé 7 ans de prison en Israël, puis est revenu dans son pays pour faire, à Zurich, des études en économie... bien vite interrompues par de nouveaux complots, sur lesquels la justice n'a pas jeté beaucoup de lumière.

Un mois auparavant — le 22 mars —, le Conseil fédéral avait adressé au Parlement, mais surtout au peuple suisse, un long message qu'une seule phrase peut résumer : « Nous ne sommes pas seuls au monde. » Conclusion : il faut enfin adhérer aux Nations unies. Rebondissement d'un houleux, difficile débat, dont l'issue reste parfaitement incertaine.

Intérieur

En politique intérieure, les événements se succèdent aussi. Le 29 novembre 1981, le peuple et les cantons acceptent de proroger le régime financier de la Confédération. Le 30, le Conseil national élit, pour la première fois, une femme à sa présidence : la socialiste zurichoise Hedi Lang. Le 22 janvier, on apprend que la commission d'experts fédéraux présidée par Walter Biel, ayant réexaminé le plan des autoroutes, propose de le maintenir tel que les Chambres l'avaient approuvé, quand bien même son prix, d'une part, les objections des protecteurs de la nature, d'autre part, faisaient hésiter Berne. Le Conseil fédéral donne le 17 février son feu vert, c'est le cas de le dire, à Couleur 3, la troisième chaîne de la radio romande, qui diffusera jour et nuit de la musique et un peu d'informations. Le 18 mars, après 36 heures de débat et 99 scrutins, le Conseil national approuve un projet de loi sur la protection de l'environnement. Le 5 avril, la commission d'experts présidée par Hans Kopp présente un rapport mammouth (720 pages dactylographiées) sur ce qu'on appelle, dans le doux langage officiel, une « conception globale des médias » : il s'agit d'améliorer la Constitution fédérale et les lois sur tout ce qui touche la télévision, la radio, la presse écrite, le cinéma, les livres... bref : la communication. Mais, les professionnels de l'image et de l'écrit ne considérant qu'avec une infinie méfiance les garanties, libertés et soutiens éventuellement accordés par l'État, la discussion prend dès l'abord un tour assez grinçant.

Le lyrisme, le défi et la tendresse de Gilles

Jean Villard dit Gilles s'éteint le 26 mars 1982, dans son village vigneron de Saint-Saphorin. Il était né à Montreux le 29 mai 1895. Il avait commencé des études, joué divers rôles au théâtre du Vieux-Colombier, puis à celui de la Petite-Scène. Mais ces dans la chanson qu'il allait déployer un talent totalement original. Dès 1932, il se produit avec Julien (Armand Maistre), et Dollar fait leur célébrité. Il reçoit le Grand Prix du Disque en 1934. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il revient en Suisse, fonde le cabaret Le Coup de Soleil, où l'accompagne, chaleureuse, Edith (Burger). La paix revenue, il s'installe à Paris, Chez Gilles, avenue de l'Opéra, où il chante avec Albert Urfer. Et puis il revient en Suisse pour s'installer au cœur de Lavaux. Les trois cloches, qu'interpréta notamment Edith Piaf, ont retenti dans le monde entier. Elles ne donnent pas de manière exacte le ton de cet homme au ventre rond, à l'œil plissé, au cœur bien à gauche, qui mêlait étroitement, dans ses mélodies comme dans ses textes, le lyrisme et le défi, le comique et la tendresse, les grandes folies du monde et les petites sagesses de son pays, en attendant La fête, enfin, de l'amour.

Tchécoslovaquie

Prague. 15 320 000. 120. 0,7 %.
Économie. Productions (78) : A 9 + I 71 + S 20. Énerg. (80) : 6 482. P (78) : 105.
Transports. (78) : 18 631 M pass./km, 72 359 Mt/km. (*78) : 1 982 200 + 308 500. (*80) : 155 000 tjb. (78) : 1 144 pass./km.
Information. (77) : 29 quotidiens. Tirage global : 4 453 000. (76) : 3 928 000. (76) : 3 793 000. (77) : 920 000 fauteuils ; fréquentation : 86,4 M. (78) : 2 981 000.
Santé. (77) : 38 093. Mté inf. (79) : 18,7.
Éducation. (76). Prim. : 1 882 371. Sec. et techn. : 328 544. Sup. (75) : 155 059.
Armée.  : 194 000.
Institutions. État indépendant le 28 octobre 1918. République populaire en 1948. État fédéral depuis le 1er janvier 1969. Constitution de 1960, amendée le 20 décembre 1970. Président de la République (réélu le 22 mai 1980) et secrétaire général du parti (réélu le 10 avril 1981) Gustav Husak ; succède au général L. Svoboda. Premier ministre : Lubomir Strougal.

Une normalisation sans fin aggravée par la récession

Quatorze ans après l'invasion des troupes soviétiques, la normalisation se poursuit toujours. Interpellations, arrestations, procès se succèdent ; ils touchent aussi bien les signataires de la Charte 77, tel Rudolf Battek, son porte-parole, condamné à cinq ans et demi de prison pour « menées subversives en liaison avec l'étranger », que les militants catholiques, clergé compris, poursuivis pour « infraction à la réglementation des activités religieuses » ou « commerce illégal de livres religieux ».