Alexander Haig met en cause le colonel Kadhafi le 12 novembre, après la tentative d'assassinat à Paris du chargé d'affaires américain Christian Chapman. Tripoli est accusé le 6 décembre par Washington d'avoir dépêché aux États-Unis un commando chargé de tuer des personnalités politiques, dont Ronald Reagan. Quatre jours plus tard, ce dernier demande aux quelque 1 500 ressortissants américains se trouvant encore en Libye de quitter ce pays « dès que possible ».

Cependant, les États-Unis ne parviennent pas à faire avaliser par leurs alliés européens la politique de fermeté qu'ils recommandent à l'égard de Tripoli. Pour leur part, ils interdisent, le 10 mars 1982, toute exportation vers la Libye de matériels de haute technologie et toute importation de pétrole libyen. Mais cette mesure n'a qu'un caractère symbolique, compte tenu du niveau insignifiant des échanges économiques existant entre les deux pays.

Est-Ouest

Montrer en toute occasion aux Soviétiques la détermination des États-Unis, mais ne pas provoquer la défection des alliés européens en utilisant une rhétorique trop belliqueuse qui pourrait raviver la peur de la guerre nucléaire et favoriser les progrès du pacifisme dans les pays de l'Alliance atlantique : tel semble avoir été le double objectif de R. Reagan dans la conduite de sa politique à l'égard de l'Union soviétique.

En fait, jusqu'à la proclamation de la loi martiale en Pologne, le ton est plutôt à l'apaisement. Ainsi, le 5 août 1981, à l'issue de trois jours de négociations menées à Vienne, les États-Unis et l'URSS décident de proroger d'un an l'accord céréalier américano-soviétique.

L'embargo décrété en janvier 1980 par Jimmy Carter après l'invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques, puis levé en avril 1981 par R. Reagan, n'est plus qu'un lointain souvenir. De façon plus générale, la reprise des échanges commerciaux entre les deux pays sera particulièrement vive en cette année 1981, les ventes américaines à l'URSS ayant augmenté de plus de 60 % et les ventes soviétiques aux États-Unis s'étant accru de 27 %.

Le 13 août 1981, le chef de la Maison-Blanche se dit prêt à rencontrer Leonid Brejnev. Il propose le 2 septembre à l'URSS des négociations sur la réduction des armements. Alexander Haig et Andrei Gromyko s'entretiennent les 23 et 28 septembre pendant près de dix heures à New York.

Les résultats de ces conversations sont minces, mais les deux parties tombent d'accord sur la nécessité de rouvrir les négociations relatives aux euromissiles le 30 novembre à Genève. A. Haig fait de nouveau savoir, le 4 novembre, que le président Reagan « n'aurait pas d'objection » à une rencontre avec L. Brejnev.

Varsovie

Le rebondissement de la crise polonaise à partir du 13 décembre 1981 provoque bien évidemment un regain de tension entre Washington et Moscou. Cependant, tout en manifestant leur inquiétude et en multipliant les avertissements à l'URSS, les dirigeants américains évitent de dramatiser la situation.

La suspension des relations économiques et commerciales avec le gouvernement militaire de Varsovie, le 23 décembre, et l'adoption, le 29, de sanctions économiques contre l'URSS, accusée d'avoir « une responsabilité directe et écrasante dans la répression en Pologne », sont les deux seules mesures concrètes décidées par les États-Unis, et encore n'ont-elles qu'une portée relativement limitée.

Un moment envisagée, l'idée de la suspension immédiate des négociations euro-stratégiques de Genève ne sera finalement pas retenue. Alexander Haig et Andrei Gromyko ont même plus de sept heures d'entretiens le 26 janvier 1982 dans cette ville. L'entrevue ne permet certes pas de surmonter les divergences, mais le contact est maintenu.

Le 4 février 1982, Washington rejette la proposition de L. Brejnev concernant une réduction des forces nucléaires en Europe. Une autre ouverture soviétique est également repoussée le 16 mars. Le 31 mars, c'est au tour de R. Reagan de suggérer des discussions avec l'URSS sur la réduction des arsenaux stratégiques (START), étant entendu qu'un gel ne sera accepté que lorsque l'équilibre aura été rétabli entre les deux grands. Cette dernière initiative ne reste pas lettre morte, puisque les représentants des deux pays se rencontrent à ce propos à partir du 29 juin à Genève.

Réarmement

Négocier, mais à partir d'une position de force : telle a été la préoccupation constante du président Reagan. D'où l'établissement d'un budget de la défense particulièrement imposant et une politique de réarmement destinée à restaurer la crédibilité militaire des États-Unis.