Le pape s'arrête surtout aux Philippines, le pays le plus catholique d'Asie, un pays aussi où l'extrême misère d'une grande partie de la population a provoqué l'engagement social et politique de certains clercs. À ceux-ci, Jean-Paul II répète que la mission de l'Église est essentiellement religieuse. Et il ne manifeste pas à l'égard du président Marcos et de son épouse, soucieux de tirer un avantage politique de sa visite, les mêmes réserves que Paul VI en 1970.

Au Japon, où le catholicisme est presque inconnu, le fait saillant est constitué par la visite à Hiroshima et à Nagasaki, d'où le pape lance un nouvel appel au désarmement et à la paix.

Mais l'histoire retiendra peut-être de ce voyage l'appel lancé à la Chine, devant les représentants de la communauté chinoise des Philippines. Cet appel, exprimant le désir d'une réconciliation entre le Saint-Siège et l'Église catholique officielle de Chine (Journal de l'année 1979-80), ne suscite aucune réaction publique des autorités de ce pays.

En revanche, l'évêque catholique de Pékin, Mgr Michael Fu Tieshan, intronisé depuis la rupture entre le Vatican et la Chine et qui est donc l'un des chefs de cette Église séparée, réagit très vigoureusement. Il laisse entendre que le Vatican soutiendrait des « activités de sabotage » contre l'unité nationale, c'est-à-dire, sans doute, les catholiques en opposition avec le régime. Et il relève que le Saint-Siège conserve des relations diplomatiques avec Taiwan. Les propos de l'évêque de Pékin, notent les observateurs, sont les plus durs à avoir été prononcés par un membre de l'Église officielle chinoise depuis l'instauration, voici deux ans, d'un climat de liberté religieuse relative.

Sévérité

En dehors des voyages, l'année est marquée, au Vatican, par la publication, le 30 novembre 1980, d'une nouvelle encyclique consacrée à la miséricorde divine et intitulée Dives in misericordia. Le pape la présente comme un prolongement de Redemptor hominis, et il semble qu'il poursuive, d'encyclique en encyclique, une sorte d'enseignement théologique. Mais Dives in misericordia ne rencontre pas l'écho qu'il escomptait sans doute.

Bien que les mouvements de contestation se soient beaucoup apaisés, le Vatican est amené à plusieurs reprises à réaffirmer des points de discipline : une instruction de la Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi (ex-Saint Office) confirme à nouveau, le 18 novembre, la nécessité du baptême des petits enfants.

La même congrégation avait déjà rendu publiques, le 14 octobre, de nouvelles normes pour l'octroi de la dispense du célibat sacerdotal : il s'agit d'éviter « qu'avec le temps la dispense du célibat puisse être considérée comme l'effet quasiment automatique d'une procédure administrative sommaire ». Autrement dit, une plus grande sévérité est recommandée. Le nombre des dispenses accordées par Rome semble d'ailleurs avoir sensiblement diminué, mais aucun chiffre officiel n'est accessible.

Un événement dominant, enfin, est constitué par la cinquième assemblée générale du synode des évêques, qui s'ouvre à Rome le 26 septembre 1980. Le thème avait été choisi par Paul VI et confirmé par Jean-Paul II : les tâches de la famille dans le monde moderne ; 216 prélats y participent, 43 auditeurs (dont 16 couples) y assistent. L'opinion s'intéresse surtout, parmi les conclusions de cette réunion, à deux points chauds : situation des divorcés remariés et contraception.

Mais on n'enregistre aucune évolution sensible sur ces deux sujets. Contrairement à ce qui se pratique, en fait, en bien des régions, le synode n'admet pas l'accès des divorcés remariés aux sacrements. À propos de la contraception, certains membres du synode avaient suggéré l'idée que, l'enseignement de l'Église étant un idéal, on pouvait admettre une certaine gradation dans la marche des couples chrétiens pour s'en approcher. Mais, dans son discours de clôture, Jean-Paul II repousse cette suggestion. « Tous les époux, dit-il, sont appelés à la sainteté dans le mariage, selon la volonté de Dieu. » L'enseignement de l'encyclique Humanae vitae est réaffirmé avec force et, bien entendu, ce n'est pas une surprise.

France

« Le passage de Jean-Paul II nous l'a révélé : ils sont plus nombreux qu'on ne le pense, les chrétiens qui se considèrent membres de l'Église et désirent participer à sa mission chacun selon son charisme et dans son style. » C'est en ces termes que le cardinal Roger Etchegaray, ouvrant les travaux de l'Assemblée plénière de l'épiscopat, le 5 novembre 1980 à Lourdes, tire les leçons de la visite du pape en France, cinq mois plus tôt (Journal de l'année 1979-80). Le cardinal souligne ainsi l'orientation nouvelle de l'épiscopat français ; longtemps, la stratégie de celui-ci misait d'abord sur les mouvements d'action catholique et les militants qui les animent ; désormais elle s'intéresse plus à la masse des chrétiens ordinaires, ce que l'on pourrait appeler la majorité silencieuse ou les classes moyennes de l'Église.