À l'intérieur du SPD, les partisans de la négociation à tout prix avec les Soviétiques se font beaucoup entendre, au point de donner l'impression qu'un fort courant neutraliste a pris corps. Le gouvernement fédéral doit aussi abandonner certains projets de ventes d'armes à l'étranger.

Déconvenues

La déstabilisation de la République fédérale est due aux nouveaux rapports Est-Ouest qui se sont créés depuis l'invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques et aux contrecoups de la crise économique mondiale. La République fédérale avait misé depuis 1969 sur la détente Est-Ouest et sur une coopération économique assez étroite avec les pays de l'Europe de l'Est.

Le coup de Kaboul et les événements de Pologne compromettent cet objectif. La République fédérale se voit soumise aux fortes pressions des États-Unis, qui lui demandent de faire preuve de plus de fermeté vis-à-vis de l'URSS. Cette dernière agite simultanément promesses et menaces pour éviter que Bonn ne s'engage résolument dans cette direction.

Avec l'élection du président Reagan, les exigences américaines se concrétisent, notamment en matière d'armement. Un effort accru est attendu de la République fédérale, malgré ses difficultés grandissantes à financer son budget militaire. Helmut Schmidt ne peut guère se satisfaire de la prétention américaine à la suprématie militaire. Il songe surtout aux rapports Est-Ouest en termes d'équilibre.

Bien d'autres déconvenues se font jour pour la diplomatie allemande. Le gouvernement fait des concessions budgétaires importantes à la Grande-Bretagne dans le cadre de la politique communautaire, mais sans être payé de retour sur le problème de la pêche. Le voyage de Helmut Schmidt en Arabie Saoudite et le projet de vente d'armes à ce pays provoquent de violentes attaques de la part de Menahem Begin. L'arrivée au pouvoir de la gauche en France ne peut qu'accroître les déceptions et les inquiétudes du chancelier.

Dégradation

L'évolution économique ne lui est pas plus favorable. Le retournement conjoncturel apparu au cours du second trimestre 1980 s'est confirmé par la suite, le ralentissement des activités atteignant une ampleur imprévue. En moyenne annuelle, la croissance de 1980 n'augmente que de 1,80 %, et toutes les prévisions concordent pour annoncer une récession en 1981.

Le chômage augmente de 3 % au premier semestre 1980, à 4,1 % au second ; la moyenne de 3,8 % en 1980 sera largement dépassée en 1981. La hausse des prix à la consommation se ralentit au second semestre 1980 (moyenne annuelle : 5,5 %) ; une légère baisse est attendue également en 1981.

L'excédent de la balance commerciale a fondu rapidement : 50,8 milliards de DM en 1974, 41,2 en 1978, 22,4 en 1979 et 9,1 en 1980. En janvier 1981, la RFA connaît le déficit commercial mensuel le plus lourd de son histoire (– 923 millions de DM), mais elle retrouve un excédent en février. Le déficit de la balance des paiements, qui était de 10,1 milliards de DM en 1979, passe à 27,9 milliards en 1980 ; un déficit semblable est attendu en 1981.

Ces résultats catastrophiques ont pour conséquence une forte augmentation de la dette publique allemande, déjà importante. Considéré comme une des monnaies les plus fortes d'Europe, le DM a nettement baissé par rapport au dollar, et il a même dû être soutenu dans le cadre du système monétaire européen. Le choc pétrolier n'est pas le seul responsable de la dégradation des conditions de la vie économique allemande.

Assassinat

Les difficultés du gouvernement se manifestent dans d'autres domaines. Il ne parvient pas, par exemple, à arrêter sa position sur les nouveaux médias qui nécessitent des choix importants pour l'avenir. Les jeunes manifestent contre la Bundeswehr (l'armée fédérale), les centrales nucléaires ou les immeubles non occupés, objets de la spéculation. Le gouvernement hésite entre la fermeté et la tolérance.

Moins présent depuis la fin de l'année 1977, le terrorisme n'a pas totalement disparu de la vie publique, comme le rappelle, le 16 avril 1981, la mort du gréviste de la faim Sigurd Debus, incarcéré à Hambourg, ou l'assassinat, le 11 mai, dans sa chambre, de Heinz Karry, ministre de l'Économie du Land de Hesse et trésorier national du FDP.