Jane Fonda retrouve là un rôle qu'elle tenait déjà brillamment dans un des autres très bons films de l'année, Le syndrome chinois, l'un des rares exemples, cette saison, de film d'inspiration politique : dénonciation, signée James Bridges, du risque nucléaire et de la censure de toute information dans ce domaine, prémonitoire puisque achevée peu de temps avant l'incident de Three Miles Island.

Variées

De toute façon, avec La bande des quatre, de Peter Yates, chronique sensible et pleine d'humour de la dérive de quatre adolescents sans grand avenir dans une petite ville, et le violent mais très maîtrisé Violences sur la ville de Jonathan Kaplan, portrait d'une bande de jeunes acculés à la révolte par le désert affectif et culturel où baignent les villes nouvelles, on aura fait le tour des films-miroirs où l'Amérique aimait, jusqu'ici, dénoncer ses faiblesses... À inclure cependant, peut-être, dans cette catégorie l'étonnant portrait d'un prédicateur fou, incarné par un hallucinant Brad Douriff : tourné par le vieux routier John Huston, Le malin, un film presque confidentiel et qui reste pourtant l'un des plus forts de la saison.

Quant à la guerre, outre Apocalypse now, elle est évoquée par trois œuvres qui, laissant de côté le Viêt-nam, se penchent à nouveau sur le dernier conflit mondial, Au-delà de la gloire, où San Fuller évoque ses propres souvenirs de jeune recrue et montre, dans un style très nerveux, sans fioriture aucune, la guerre à ras de terre, celle où « la seule gloire est de survivre ». 1941, son contraire, est une énorme pochade satirique — et à demi ratée — où Steven Spielberg se moque de la psychose qui a envahi Los Angeles se croyant assiégée par les Japonais ; et enfin, romanesque et scrupuleux dans les détails d'atmosphère, Yanks, où John Schlesinger conte la brève rencontre de trois soldats américains avec trois jeunes femmes britanniques à l'époque où les troupes américaines, cantonnées en Angleterre, préparaient le D-Day.

Avec l'amorce d'un retour au musical (Que le spectacle commence), qui se veut réflexion à la fois sur l'univers du show-bizz et sur la mort, très brillant mais trop long, et The Rose, biographie inspirée de la réalité d'une chanteuse de rock tuée par la drogue, et qui révèle une étonnante comédienne, Bette Midler, les sources d'inspiration du cinéma américain ont été, on le voit, très variées. Et sa vigueur éclatante !

Italie

Après avoir, pendant des années, dominé le cinéma européen et même mondial, l'Italie semble marquer le pas. Crise financière, malgré l'active participation de la RAI (télévision italienne), ou crise d'inspiration, ou les deux à la fois ? Absente au palmarès de Cannes — pour la deuxième année —, décevante, à de rares exceptions près, jusque dans les œuvres de ses réalisateurs les plus confirmés, de Fellini à Risi —, la production italienne est-elle en proie à un malaise passager ou accuse-t-elle, comme les personnages de La terrasse, qu'Ettore Scola a présentée à Cannes, les signes de vieillissement irréversible ?

Soyons justes : trois de ses films comptent, tout de même, parmi les meilleurs de la saison. D'abord La luna de Bernardo Bertolucci, flamboyant portrait, lyrique et psychanalytique, d'une diva, superbement interprétée par l'Américaine Jill Clayburg, et de son fils presque incestueux. Ensuite, totalement différente, l'adaptation par Francesco Rosi d'un récit autobiographique de Carlo Levi, Le Christ s'est arrêté à Eboli. On y suit le cheminement d'un intellectuel assigné à résidence dans l'extrême Sud italien, sous Mussolini. Des images qui évoquent L'arbre aux sabots et, surtout, la présence intense, lumineuse d'intelligence, de Gian Maria Volonte. Enfin, primé pour ses interprètes français à Cannes, l'étouffant Saut dans le vide de Marco Bellochio, huis clos familial cerné par la folie.

Mais Risi n'a pas été très convaincant dans son Cher papa un peu longuet, parabole de la crise de civilisation en Italie à travers un conflit de générations, le père affairiste et richissime (Vittorio Gassman) agressé par son fils, membre des Brigades rouges. Mais Comencini n'a pas su tout à fait maîtriser son Grand embouteillage où, pilotées par une pléiade de vedettes internationales, les voitures bloquées sur une autoroute veulent symboliser la société bloquée parce qu'incapable de regarder plus loin que ses petits intérêts personnels. Mais les frères Taviani ont sombré, avec Le pré, dans une confusion à la lourdeur bien décevante, malgré la lumineuse présence d'Isabella Rossellini. Mais, surtout, à Cannes du moins Fellini lui-même a donné l'impression, dans sa ruineuse Cité des femmes, de tourner en rond.