Après cinq séances inutiles à Hanoi, une deuxième session se déroule à Pékin depuis le 25 janvier 1980. Mais les rencontres entre délégations sont de plus en plus rares, Le rejet, en février 1980, par Pékin d'une proposition de trêve aux frontières pour le nouvel an lunaire aboutit à une suspension de fait. Le négociateur vietnamien part pour Hanoi. La Chine refuse la venue à Pékin de son successeur, Hoang Anh Tuan, et la délégation vietnamienne quitte la capitale chinoise le 17 mars 1980, après avoir proposé une nouvelle série de rencontres en juillet à Hanoi. Mais, le 23 juin, Pékin rejette la proposition vietnamienne.

L'arrêt de l'aide alimentaire chinoise, l'envoi de plus de 200 000 hommes de troupe au Cambodge et au Laos, le renforcement du système de défense aux frontières septentrionales et les réticences du monde occidental à l'égard de l'engagement croissant du Viêt-nam au sein du bloc soviétique accentuent les difficultés économiques. Réuni en septembre 1979, le Comité central du parti communiste souligne que le deuxième plan quinquennal 1976-1980 n'aura atteint, à la fin de l'année 1980, que les deux tiers de ses objectifs.

Stagnation

La pénurie est générale. En un an les prix ont triplé. En dépit de l'augmentation des surfaces cultivées, la production de riz est en baisse. Prévisions pour 1980 : 15 millions de t au lieu de 16 millions en 1979 ; le retard est de 6 millions de t par rapport au plan.

La production industrielle chute, elle aussi ; dans le Sud la collectivisation stagne. Le 2 février 1980, Le Duan, secrétaire général du PC, préconise des réformes prévoyant notamment le maintien « pour une longue période » des secteurs privé et semi-public, et l'appel aux intérêts privés qui subsistent dans le Sud.

Unie dans les luttes, la direction vietnamienne voit sa cohésion en péril face aux problèmes que lui crée en particulier l'intégration des provinces méridionales, où subsiste une résistance armée et où l'on enregistre des cas d'insoumission chez les jeunes, peu soucieux de faire la guerre au Cambodge.

Certains préconisent une épuration, un rajeunissement et une réorganisation de l'encadrement ; d'autres, comme madame Duong Quynh Hoa, ancien ministre de la Santé du gouvernement révolutionnaire provisoire (sudiste), reprochent au pouvoir de ne pas avoir fait confiance aux techniciens et aux intellectuels de l'ancien régime ainsi qu'aux exilés rentrés au pays et qui espéraient participer à la reconstruction alors qu'ils ont été tenus à l'écart.

Nombreux sont les fonctionnaires, les médecins, les techniciens, les militaires de l'ancienne administration Thieu qui demeurent inactifs dans les camps de rééducation : de 400 000 à 700 000, selon les sources.

En réalité, le Viêt-nam est entré dans une délicate période de transition. Le transfert des responsabilités des dirigeants historiques, anciens compagnons de Ho Chi Minh, aux nouveaux révolutionnaires formés pendant la guerre se fait mal. Depuis la fin de 1979, une campagne de rectification et de lutte contre la corruption se déroule au sein du PC. Le 29 janvier 1980, le gouvernement Pham Van Dong est remanié. L'équipe des responsables économiques, dirigée par Le Thanh Nghi, est évincée ; Nguyen Van Lam est nommé président du Comité d'État du plan ; Giap, vice-Premier ministre, cède la Défense à son chef d'état-major Van Tien Dung, auquel succède le général de corps d'armée Le Trong Tan. Nguyen Duy Trinh est nommé ministre des Affaires étrangères. Tran Quoc Hoan, ancien ministre de l'Intérieur, est exclu du Comité central, le 26 mars 1980, conséquence, dit-on, des échecs de la lutte contre la corruption et l'insécurité dans le Sud, et peut-être aussi de la fuite en Chine d'un ancien membre du bureau politique, Hoang Van Hoan, en juillet 1979, une dissidence tout à fait exceptionnelle.

Engagement

Rares, en effet, sont les dirigeants vietnamiens qui contestent l'alignement de leur pays sur le bloc soviétique et l'intégration à son système de défense. Longtemps réticent, le gouvernement accorde des facilités militaires à l'URSS, qui dispose des bases de Cam Ranh, Da Nang, Bien Hoa et Tan Son Nhut pour sa flotte, son aviation et ses fusées stratégiques.