Les membres RPR du gouvernement se démarquent de la liste RPR, pendant que JJSS se démarque de la liste UDF. D'autres petites listes apparaissent à l'extrême gauche, à l'extrême droite, chez les écologistes ou chez les régionalistes menés par l'écrivain polémiste Jean-Edern Hallier, qui fera à la télévision les deux esclandres les plus réussis de la campagne en se faisant expulser manu militari de TF1 et en traitant, le 6 juin, à l'issue de la campagne officielle, des journalistes en vue de l'audiovisuel de « valets du régime » et « nouveaux collaborateurs du pétainisme giscardien ». Jean-Jacques Servan-Schreiber flanqué de Françoise Giroud lance sa liste Emploi-Égalité-Europe, bon dernier, le 21 mai.

Le président de la République, lui, souligne à la télévision, dans la première émission bimestrielle Une heure avec le président de la République, qu'il se tient à l'écart de ce « tohu-bohu » et, sans nommer Jacques Chirac, insiste sur les inconvénients que représenterait un chef de l'État « agité ». Pour autant, le président du RPR ne baisse pas de ton. Il explique que, si la liste de Simone Veil atteignait moins de 32 % (score de Valéry Giscard d'Estaing au premier tour de 1974), il se poserait un problème de légitimité pour le président. Ces propos déclenchent à nouveau une vive agitation au groupe RPR. Manifestement, le président de la République est en tout cas décidé à jouer la carte du flegme et de la sobriété pour bénéficier — a contrario — de l'agacement que suscitent toutes ces controverses. On polémique à présent sur le rôle de la télévision ; le climat social se calme plutôt. On commence à remarquer la résurgence de thèmes, de textes et de projets gouvernementaux de style conservateur et même néo-pompidolien : projet de limitation du droit de manifestation au centre des villes, projet de modification du statut des étrangers en France, proposition de loi Vivien (RPR)-Médelin (UDF) pour limiter le droit de grève à la radio et à la télévision.

Une Europe de centre droit

Valéry Giscard d'Estaing rencontre Leonid Brejnev à Moscou (26-29 avril) ; le voyage se passe bien. Il se rend au Rwanda où se tient le sommet franco-africain, terni par la nouvelle des massacres d'enfants en Empire centrafricain. Il s'engage, enfin, sur les élections européennes, à Hoerdt (près de Strasbourg), le 15 mai. Seulement, cette fois, il ne s'agit pas de dire le bon choix. Le président ne recommande explicitement le vote en faveur d'aucune liste. En revanche, il plaide vigoureusement pour une France européenne et susceptible de peser. Il invoque l'ombre du général de Gaulle. Il s'adresse directement au légitimisme des électeurs RPR. Il s'efforce de convaincre que l'unité française et le développement d'une personnalité européenne vont de pair. Bref, il donne peu de raison de voter communiste ou RPR, et ses thèmes ne divergent pas profondément de ceux de Simone Veil.

Le 10 juin, c'est le verdict. L'Europe qui sort pour la première fois des urnes du suffrage universel est une Europe de centre droit. Les conservateurs britanniques, les chrétiens-démocrates allemands, les centristes italiens se taillent des succès. C'est vrai aussi en France. Les électeurs se sont certes peu dérangés (39,19 % d'abstentions), ce qui est une déception pour les européens et le premier d'entre eux qui siège à l'Élysée. Mais, en regard, les deux listes les plus européennes, celle de Simone Veil et celle de François Mitterrand sont en tête.

L'UDF, avec 27,55 %, termine bonne première, le PS et le MRG, avec 23,57 %, perdent un point par rapport aux élections législatives de l'année précédente. Le PC, avec 20,57 %, reste immuablement d'un souffle au-dessus de la barre des 20 %. En revanche, le RPR plonge au-dessous, avec 16,25 % seulement.

Pour la première fois depuis 1974, le président de la République est majoritaire dans la majorité. Pour la première fois, le RPR semi-oppositionnel de Jacques Chirac est distancé, et de 11 points, par l'UDF. Le PC se maintient.

Le principal bénéficiaire est Valéry Giscard d'Estaing. En revanche, déception pour François Mitterrand et surtout pour Jacques Chirac. Dans les régions les plus légitimistes (Alsace, Bretagne, Val-de-Loire), l'UDF a éclipsé le RPR. Dans les régions les plus en difficulté, le PC a souvent fait de bons scores, tout en reculant à nouveau en Île-de-France. Quant au PS, son élan se ralentit et hésite.