Pressé par le chef de l'État, confronté à la grogne de l'UDF et aux critiques virulentes du RPR, devant tenir compte des conseils de modération de plusieurs de ses ministres, Raymond Barre doit obtenir une rapide décompression. Il pense que, si le dossier de la sidérurgie est réglé et si la négociation sur le temps de travail aboutit, la détente se réalisera, permettant d'ici à 1981 une relance de la politique de concertation.

Du côté des syndicats, seule la CFDT a clairement manifesté son changement de stratégie au cours de son congrès qui s'est tenu en mai 1979. Paradoxalement, elle a choisi d'entrer dans la politique contractuelle au moment où celle-ci devenait plus difficile à mener. Même si ce choix lui pose des problèmes difficiles de cohésion interne, elle sait que la durée et l'ampleur de la crise ne lui laissent pas d'autre voie que celle de la négociation, surtout dans le contexte d'une certaine désaffection des salariés à l'égard des syndicats.

À la CGT, la continuité semble l'emporter sur le changement, notamment par la multiplication des journées d'action rassemblant tous les mécontents.

Cependant, des signes d'évolution sont perceptibles et un tournant stratégique plus profond s'amorce à moyen terme. Ainsi, Henri Krasucki a souligné la nécessité de donner, plus que par le passé, la possibilité à la base de présenter ses revendications. Ainsi, la fédération de la métallurgie, en formulant des propositions industrielles et économiques sur la sidérurgie, a inauguré une démarche nouvelle visant à obtenir des changements économiques même sans perspective de changements politiques. Une large majorité du bureau confédéral souhaite accélérer l'évolution pour donner plus d'autonomie, plus d'efficacité et plus de crédibilité au mouvement syndical pour le renforcer. Et c'est sans doute dans ce nouvel état d'esprit qu'il convient d'inscrire la rencontre, le 5 juin, qui s'est produite au plus haut niveau avec les responsables de la CGC, dont Jean Menu, première rencontre, entre les centrales, depuis six ans.

Qu'est-ce que cela pourrait changer concrètement ? Beaucoup, dans la mesure où, comme à la CFDT, les débats portent sur la nature des revendications qu'il est possible d'avancer en fonction de la crise. Le problème, souligne un dirigeant confédéral, n'est pas de mettre la barre moins haute dans les revendications, mais de choisir des points d'application plus accessibles.

Au total, toutes ces hésitations des partenaires sociaux et du gouvernement ont une explication simple : l'incertitude des uns et des autres à interpréter avec exactitude la situation sociale. Si les salariés manifestent, dans l'ensemble, un calme étonnant, des milliers d'ouvriers, parfois de cadres, sont déjà profondément exaspérés et campent aux portes d'une certaine violence. À la veille de l'été 1979, personne n'est en état de faire le moindre pronostic sur révolution de cette situation.

CGT, CGC, CFDT tiennent leurs assises

Trois congrès de styles et de contenus différents : la recherche de l'ouverture à la CGT, le recentrage à la CFDT, la fin des différends internes à la CGC. Mais un point commun : la définition de nouvelles stratégies pour tenir compte à la fois de l'échec de la gauche en mars 1978 et de la persistance de la crise économique.

CGC : l'unité retrouvée

Tenu à Versailles du 26 au 28 avril 1979, le 24e congrès de la CGC s'est donné le triple objectif d'élire un nouveau président, de mettre fin aux dissensions internes et de se doter d'une stratégie plus claire et plus structurée.

Très controversé à l'intérieur de son organisation, notamment par Xavier Marchelli (métallurgie), Yvan Charpentié, élu président en 1975, annonce qu'il ne se représentera pas. Deux candidats briguent sa succession : Yann Clerc, président des journalistes CGC, et Jean Menu, secrétaire général de Minatom. Ce dernier devait être élu par 63 % des voix, Jean de Santis devenant délégué général et Jean Menin secrétaire général.

Avec plus des deux tiers des voix, un protocole est adopté, prévoyant la « disparition des causes des différends internes ». Ce protocole libère la Fédération de la métallurgie de sa dette envers la Confédération, la rétablit dans la plénitude de ses droits, la cotisation devenant uniforme pour toutes les fédérations et l'abonnement à Cadres et maîtrise facultatif. Surtout, le texte prévoit la réintégration en 1980 de l'Union des cadres et techniciens (15 000 adhérents) qui s'était séparée de la Confédération à la suite d'une opposition avec André Malterre, le prédécesseur d'Yvan Charpentié.