Le conclave qui doit élire son successeur s'ouvre le 25 août à 17 heures. À la surprise générale, il ne durera que vingt-quatre heures. On pensait en effet que la recherche d'un nouveau pape serait assez longue, aucun nom ne s'imposant à l'avance aux suffrages du Sacré Collège. À la mort de Paul VI, celui-ci se composait de 115 cardinaux en droit de voter, c'est-à-dire âgés de moins de 80 ans. Mais l'un d'eux, le cardinal chinois Yu Pin, meurt le 16 août. Trois autres, le cardinal indien Gracias (qui mourra le 11 septembre) et les cardinaux de curie Filipiak et Wright, ne peuvent participer au conclave en raison de leur état de santé. Il y a donc 111 cardinaux électeurs, ainsi répartis : 9 Asiatiques, 12 Africains, 12 Américains du Nord, 17 Américains du Centre ou du Sud, 57 Européens (dont 28 Italiens), 4 cardinaux du Pacifique. Sur ces 111 cardinaux, 25 appartiennent à la Curie romaine. On ne manque pas de noter que, par rapport aux derniers conclaves, le poids des cardinaux italiens a considérablement diminué et qu'une quarantaine d'électeurs appartiennent aux pays du tiers monde.

En réalité, ces considérations géographiques auront peu d'influence au conclave. De même, les oppositions de tendances sont assez faibles, la plupart des cardinaux, nommés par Paul VI, étant décidés à élire un pape qui poursuivra son œuvre mais en manifestant peut-être une plus grande autorité.

En revanche, un certain clivage est perceptible entre la majorité des cardinaux de la Curie romaine et ceux qui, dirigeant des diocèses, sont des hommes de terrain. Ceux-ci souhaitent, rompant avec la tradition des derniers conclaves, élire un homme qui ait eu une longue expérience pastorale concrète et soit donc pris en dehors de la Curie. Mais, à la fin du pré-conclave, les cardinaux italiens de la Curie appuieront, eux aussi, un homme de terrain, le cardinal Siri, de Gênes, connu pour ses opinions conservatrices.

Simplicité

Après un premier tour où les suffrages sont très dispersés, le nom du cardinal Albino Luciani, patriarche de Venise, rassemble un nombre appréciable de suffrages lors du deuxième vote de la matinée du 26 août (deux tours de scrutin sont prévus par demi-journée). Le soir même, à 18 h 20, à l'issue du quatrième tour, il est déclaré élu, sous les applaudissements. Il a obtenu bien plus que la majorité nécessaire (soit 75 voix). Il prend le nom de Jean-Paul Ier pour indiquer sa volonté de suivre la politique de Jean XXIII et de Paul VI.

Le nouveau pape a 66 ans. C'est le fils d'un ouvrier qui dut émigrer comme travailleur saisonnier jusqu'à ce qu'il trouve du travail comme artisan du verre à Murano. Il n'a jamais appartenu à la Curie romaine. Il a été sacré évêque par Jean XXIII en 1958, fait cardinal par Paul VI en 1973, et il est patriarche de Venise depuis 1969.

La simplicité et le sourire de Jean-Paul Ier touchent immédiatement l'opinion. Il renonce à la cérémonie traditionnelle du couronnement, qui est remplacée par une messe « pour l'inauguration du ministère de Pasteur suprême ». Celle-ci est célébrée dans la soirée du 3 septembre 1978, devant 300 000 fidèles et les représentants de 98 États ; elle est retransmise en direct par la télévision dans 47 pays.

Mais le pape Jean-Paul Ier n'aura pas le temps de gouverner. Le 29 septembre au matin, son secrétaire le découvre mort dans son lit. La mort, selon les médecins, remonte à la veille au soir, vers 23 heures. Elle est attribuée à un infarctus du myocarde.

Étonnement

L'émotion dans le monde est considérable. Un nouveau conclave se réunit le samedi 14 octobre. 111 cardinaux, cette fois encore, y participent, les mêmes qu'en août, moins le cardinal Luciani et plus le cardinal Wright, Américain de la curie romaine. Les difficultés de l'élection seront plus grandes cette fois, en raison notamment de la division des cardinaux italiens. Une bonne partie d'entre eux (ceux, notamment, qui appartiennent à la Curie) préconisent à nouveau l'élection du cardinal Siri, qui, contrairement aux usages, fait presque officiellement acte de candidature. D'autres cardinaux européens et du tiers monde se tournent au contraire vers le cardinal Giovanni Benelli, ancien bras droit de Paul VI, bien qu'il n'ait eu, à Florence, qu'une expérience pastorale limitée et que toute sa carrière se soit déroulée dans les bureaux et les nonciatures. Mais les cardinaux de Curie, incapables de faire élire le cardinal Siri, trouveront le moyen d'empêcher le cardinal Benelli, à qui ils reprochent un certain autoritarisme, d'approcher de la nécessaire majorité des deux tiers.