La direction régionale des antiquités avait demandé cinq années pour fouiller et 550 000 F de subvention par an (650 000 pour la première année). Il lui a été accordé à peine deux ans pour les deux secteurs concernés, et le total des subventions (ministère de la Culture, ville, département) n'a guère dépassé 400 000 F pour l'ensemble des deux années.

Cimetière

D'autre part, la querelle porte sur l'importance des pertes archéologiques. Au nord se trouvait le Campo Santo, cimetière célèbre qui a servi depuis le XIe siècle (et peut-être plus tôt) jusqu'en 1786. Il couvrait un demi-hectare. Seule une très petite partie a pu être fouillée (et 200 m3 d'ossements prélevés). La plus grande partie a été détruite. Pouvait-on, devait-on faire davantage, alerter l'opinion plus tôt ? Les uns (du côté des responsables) affirment que c'était impossible et que ce cimetière, étant en fait un chantier où tous les restes et toutes les époques se mêlaient, ne pouvait donner lieu à une fouille précise sans coûter extrêmement cher en temps et en personnel. Les autres (plusieurs spécialistes de l'archéologie urbaine) déclarent que, sans fouiller « à la petite cuiller », des méthodes connues de fouille partielle pouvaient donner déjà des résultats bien meilleurs que ce qui a été fait.

Au sud, la fouille a permis de dégager les restes d'une église du Xe siècle ainsi que des caves, des fosses à détritus, un atelier de tailleur de pierre et de très abondants vestiges gallo-romains : il apparaît que l'influence romaine a été forte très tôt à Orléans. Les critiques font remarquer que 900 000 F ont pu être dégagés pour conserver les restes de l'église et certaines structures gallo-romaines, et 300 000 F pour les restaurer : somme au total trois fois supérieure aux subventions de fouille. Mais, à côté, les vestiges de tout le quartier épiscopal ancien ont été détruits.

L'affaire d'Orléans parait exemplaire à plus d'un titre. Exemplaire pour les responsables, qui estiment avoir fait exactement ce qu'ils devaient et pour qui il s'agit d'une mauvaise querelle. Exemplaire pour de nombreux archéologues qui y voient la preuve de l'insuffisance des structures archéologiques françaises, et, en outre, le signe d'un grave retard dans les conceptions et les méthodes.

Le budget que le Service des fouilles, au ministère de la Culture, et le Conseil supérieur de la recherche archéologique peuvent consacrer à l'archéologie de sauvetage ne dépassait pas 4 millions et demi de F en 1978. Il n'a pas augmenté en 1979. La même année 1978, 654 fouilles de sauvetage avaient été subventionnées cela représente environ 6 900 F par fouille. On peut calculer que l'archéologie de sauvetage représente en France, pour chaque personne active, une dépense de l'ordre de 20 centimes par an... Et la part de l'archéologie urbaine paraît loin d'en atteindre la moitié.

Résultats

Certes, l'archéologie urbaine enregistre aussi des succès. À Caen, le Centre de recherches d'archéologie médiévale (professeur de Boüard) a pu faire reculer les origines de la ville aux temps gallo-romains. À Rouen, le même organisme a pu fouiller la place du Vieux-Marché, retrouver le dallage du XVe siècle, des ornières dessinant l'axe de circulation et les restes d'un grand bâtiment qui pouvait être une halle ou un entrepôt. Dans la même ville, J. Decaens a terminé en janvier 1979 une fouille de sauvetage près de la cathédrale, découvrant les restes d'une grande villa gallo-romaine et des fragments du quai de la Seine à cette époque. À Douai, l'équipe de P. Demolon (archéologue municipal) fouille l'ancienne motte féodale qui se trouve au cœur de la ville et y découvre l'évolution d'un château des comtes de Flandres, une bourgade antérieure et les restes de premières cabanes d'époque mérovingienne.

Plusieurs équipes sont au travail à Lyon où, après des années de lutte avec une municipalité particulièrement bétonneuse, l'abondance des résultats a commencé à infléchir la politique de grands travaux. Une équipe dépend directement du musée archéologique, une autre (J.-F. Reynaud) se spécialise dans les vestiges médiévaux, une troisième (A. Desbats) dégage de très nombreux vestiges d'époque gallo-romaine et oblige à reconsidérer la description de la capitale des Gaules ainsi que l'histoire de ses premiers siècles.

Programme

À Tours, le laboratoire d'archéologie urbaine (H. Galinié) a établi, en liaison avec la municipalité, un véritable programme de recherche, sélectionnant en particulier huit sites pour des fouilles programmées minutieuses. Des précisions intéressantes ont déjà été recueillies sur l'extension de la ville aux temps romains, sa contraction durant le haut Moyen Âge et la reconquête urbaine ultérieure. De même a été étudiée la succession des constructions et leurs divers usages sur le site du château des comtes d'Anjou.