Au cours de l'année 1978-79, l'usage des satellites de télécommunications n'a cessé de s'étendre, notamment dans le domaine sportif. Quatre satellites de l'Intelsat, sans compter ceux du réseau soviétique, ont retransmis les rencontres de la coupe du monde de football. Le Mundial a fourni l'occasion de battre tous les records : aux 1 364 retransmissions de matches (2 738 heures) se sont ajoutés 400 autres reportages (700 heures). Les retransmissions totalisèrent donc 3 428 heures, contre 2 600 pour l'ensemble des jeux Olympiques de Montréal.

Les téléspectateurs français ont pu suivre les phases de la conquête de l'Everest par les alpinistes que conduisait Pierre Mazeaud. Une ministation de télécommunications spatiales, d'un poids de 500 kg, avait été installée à Katmandou. Elle retransmettait images et sons venant de l'Everest. Le relais spatial était le satellite franco-allemand Symphonie.

Photographies

Parmi les satellites les plus universellement utilisés figurent ceux qui ont été conçus pour la détection et le contrôle des ressources terrestres. Le rôle principal attribué à un Landsat américain est de transmettre sans cesse des photographies remarquablement fouillées du sol. Cette année, ces images étaient déjà captées par quelque 200 stations éparpillées autour du monde. On les trouve aussi en vente libre aux États-Unis.

Dans ces photographies, chacun peut trouver ce qu'il cherche : formations géologiques, ressources minérales, éléments topographiques pouvant servir pour le tracé de cartes, situation des glaces maritimes et continentales, signes de pollution et autres renseignements d'ordre écologique, état des cultures, etc. Parmi nombre d'autres applications, les Américains se servent maintenant de ces photographies pour évaluer les récoltes de céréales longtemps avant la moisson. L'année dernière, ils ont calculé les récoltes de l'URSS avec une erreur de – 5 % pour le blé d'hiver et de + 4 % pour le blé de printemps. Paradoxalement, pour leurs propres récoltes, les Américains se sont trompés de 20 %...

Le premier des satellites météorologiques américains de la nouvelle série Tiros N a été lancé le 13 octobre 1978. Cet engin décrit une orbite polaire, presque circulaire, à 870 km d'altitude, ce qui, combiné avec la rotation terrestre, lui fait survoler périodiquement la totalité de la surface de la planète. À ce jour, plus de 120 pays disposent d'équipements pour recevoir les images transmises par Tiros N.

Outre sa fonction météorologique, ce satellite est l'instrument du système franco-américain Argos pour la localisation de balises et la collecte éventuelle de leur information. L'acheteur d'une balise Argos peut, moyennant une redevance de 100 F par jour, être informé de l'endroit où elle se trouve, qu'elle ait été déposée sur un iceberg, embarquée par un navigateur solitaire, emportée sur un ballon ou entraînée par un courant. Ces balises peuvent aussi être asservies à un détecteur de feux de forêt, à une station météorologique automatique installée dans un endroit inaccessible ou bien laissée à flot sur la mer, etc.

Le satellite capte les émissions automatiques des balises qu'il survole, localise celles-ci avec une erreur maximale de deux kilomètres (souvent inférieure au kilomètre) et transmet l'information de la balise et ses coordonnées aux bases terrestres. Toute l'information est traitée par le centre d'opérations du service Argos, au CNES de Toulouse ; dans un délai de 6 heures, le propriétaire de la balise peut disposer de l'information. Depuis le 1er décembre 1978, et pour au moins un an, le système Argos est le centre d'une gigantesque campagne pour la collecte d'informations météorologiques, sous les auspices de l'OMM.

Télécommunications : la France sur les rangs

La grande bataille pour les télécommunications de demain (Journal de l'année 1975-76) a pour théâtre une mince bande équatoriale de l'espace circumterrestre située à quelque 36 000 km d'altitude. Après les États-Unis et l'URSS, qui y ont occupé les premières positions, le Japon et la RFA poussent déjà leurs pions. Troisième parmi les puissances spatiales, la France ne pouvait continuer à se désintéresser d'une compétition dont l'enjeu est fabuleux : un marché mondial que l'on chiffre déjà en centaines de milliards de F. Dès le 20 février 1978, le gouvernement français rendait publique la décision d'entreprendre deux programmes de satellites de télécommunications géostationnaires : Télécom et TDF.

Satellites

Télécom 1 sera un satellite de 550 kg équipé de 12 répéteurs. Cet engin, qui sera placé au-dessus du golfe de Guinée, doit jouer deux rôles. D'une part, il assurera les télécommunications (téléphone, télévision, etc.) entre la France métropolitaine et les départements d'outre-mer (Guyane, Martinique, Guadeloupe, Saint-Pierre-et-Miquelon, la Réunion et Mayotte). D'autre part, il aura à satisfaire les besoins nouveaux de la France en matière de communications à grand débit, pour lesquelles nos réseaux de surface sont pratiquement saturés.