On parle beaucoup de l'introduction de la presse à l'école. Trois associations se forment : le CIPE, présidé par Jean-Louis Servan-Schreiber, rassemble des titres nationaux ; l'ARPEJ, sous la présidence de Jean-François Lemoine, rassemble des quotidiens de province ; enfin, l'Aurore, le Figaro et France-Soir constituent également une association avec les Échos et le Nouveau Journal. Le groupe de travail presse-éducation préconise le développement des exercices pour apprendre aux jeunes à lire la presse, pour qu'ils soient informés sur les journaux dès l'école élémentaire et pour que soient organisés des stages pour la préparation des maîtres.

Monopole

Le monopole dont bénéficient la télévision et la radio est de plus en plus battu en brèche. Les stations de radio-pirates se multiplient. Jusqu'à l'adoption d'un projet de loi prévoyant des peines sévères pour ceux qui enfreignent le monopole.

Le Sénat rejette le projet de loi sur le secret de l'enquête et de l'instruction qui pouvait, paradoxalement, être utilisé contre la liberté de la presse.

Le conseil des ministres décide, le 30 novembre 1977, d'appliquer à certains périodiques — sous certaines conditions, notamment l'obligation de consacrer au moins 33 % de leur surface rédactionnelle aux informations politiques — le même régime fiscal qu'aux quotidiens, ramenant la TVA de 4 à 2,1 %.

On notera que l'aide directe à la presse est augmentée de 8,2 %. Un crédit supplémentaire de 1 million de F est adopte au profit du Fonds d'aide à l'expansion de la presse française à l'étranger.

Enfin, un accord est signé entre l'Union nationale des syndicats de journalistes, la Fédération française des travailleurs du livre CGT et la Fédération CFDT du livre-papier-carton relatif à l'introduction du matériel moderne dans la fabrication des journaux.

Procès

La chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris confirme l'ordonnance de non-lieu rendue dans l'affaire des écoutes du Canard enchaîné. Me Roland Dumas, avocat du journal, se pourvoit en cassation ; l'arrêt est cassé le 22 juin et cet épineux dossier est renvoyé devant la cour d'appel d'Amiens. La revue politique Autrement assigne en justice le Mouvement des jeunes giscardiens pour qu'il ne puisse utiliser ce nom, mais elle est déboutée. Jugement de relaxe pour Minute, Rivarol et la Nation socialiste poursuivis par Georges Marchais, secrétaire général du PC, pour falsification et usage de faux documents administratifs. Simone Signoret obtient, pour diffamation, 6 000 F de dommages et intérêts d'Anne Gaillard, également condamnée à 1 200 F d'amende. Rouge est poursuivi pour « apologie du crime de meurtre » à propos d'une interview de militants du Front national de libération de la Corse ; plusieurs journaux posent la question : « Existe-t-il un délit d'informer ? » Jacques Médecin, secrétaire d'État au Tourisme et maire de Nice, assigne le Canard enchaîné pour publication d'une photo sur laquelle il aurait figuré en compagnie d'un trafiquant de drogue notoire, alors qu'il s'agissait d'un commerçant honorablement connu : 2 000 F d'amende et 1 F de dommages et intérêts. Jean-Christophe Averty poursuit Minute qui l'avait traité de « bouche inutile de la télévision » : 600 F d'amende et 2 500 F de dommages et intérêts. Gérard Furnon, P-DG d'une entreprise de confection et fondateur de l'Union des Français de bon sens, obtient la condamnation pour diffamation de Rouge, Lutte ouvrière, Clinton et Sud.

Inquiétudes

Enfin le procès le plus original de l'année se déroule en Grande-Bretagne, devant le tribunal de l'Old Bailey : le magazine Gay New est condamné à 1 000 livres d'amende pour... blasphème. Il y avait un demi-siècle qu'on n'avait pas vu ce genre d'accusation dans une enceinte de justice !

Dans son Rapport 1977, l'Institut international de la presse constate que « la profession de journaliste devient rapidement l'une des plus risquées ». On relève des cas d'enlèvement dans six pays (à la tête desquels se place l'Argentine : 22 journalistes enlevés et séquestrés au cours des dix-sept derniers mois), attentats à la bombe dans cinq pays (Italie : où les journaux et les professionnels deviennent la cible habituelle des gauchistes ; France : une bombe éclate devant le domicile de Bernard Pivot, une autre est déposée à l'entrée du mensuel F. Magazine), meurtres dans quatre pays, tortures et autres formes de violence dans sept, détention dans vingt-trois. « Dans un monde où l'on a la détente facile, la question de l'immunité des journalistes doit être examinée d'urgence dans le cadre des droits de l'homme », conclut le rapport de l'IIP. À la veille du Mundial, l'Union syndicale des journalistes manifeste son inquiétude pour la sécurité des reporters se rendant en Argentine. Les arrestations de journalistes se multiplient : en Ouganda, au Liban, en Empire centrafricain, en Israël, en Argentine — où Jean-Pierre Clerc, envoyé spécial du Monde est interpellé —, en Irlande — où le correspondant de Libération est accusé d'appartenir à l'IRA provisoire —, ainsi que les expulsions d'envoyés spéciaux — aux Philippines, Yves de Chazournes, du Quotidien de Paris, est accusé de « subversion » — et de correspondants : Ross Munro, du quotidien canadien Globe and Mail, est déclaré persona non grata à Pékin, le correspondant du Spiegel à Berlin-Est, K. H. Vater, se voit retirer son accréditation, le directeur du bureau de l'AFP de Beyrouth doit quitter le Liban.