Le nouveau ministre de l'Éducation apaise les esprits en annonçant, le 8 mai 1978, la suppression pure et simple de ce fameux dossier. Christian Beullac reste ouvert cependant à toutes discussions avec les fédérations de parents et les syndicats pour l'élaboration d'un nouveau livret scolaire qui soit un réel outil pédagogique.

Des journaux dans les classes

La presse est reconnue comme outil pédagogique et objet d'étude en 1977. Elle a fait son entrée dans les classes depuis plusieurs années. Selon un sondage de la Sofres, en décembre 1977, près de la moitié des enseignants l'utilise : professeurs d'histoire, de géographie et surtout d'instruction civique et de sciences économiques, pour y trouver des données économiques et sociales récentes ; professeurs de français, pour une étude des niveaux de langue ; et beaucoup d'enseignants de toutes disciplines, notamment des instituteurs, pour s'appuyer sur l'actualité afin d'intéresser les élèves. Dans les foyers socioéducatifs des lycées, se sont créés depuis 1968 des clubs d'information. Des expériences d'initiation au monde contemporain ont été menées avec l'appui de l'Institut national de recherches pédagogiques ; des activités multimédia associant journaux et émissions de télévision ont été organisées dans plusieurs académies. Des journaux ont créé des documents à l'usage des élèves ou des enseignants.

La collaboration s'organise. Des associations d'éditeurs de journaux se créent, en 1977, pour encourager l'utilisation de la presse à l'école : les deux plus importantes sont l'ARPEJ, qui réunit les quotidiens de province, et le CIPE, qui rassemble six quotidiens et vingt et un périodiques parisiens. René Haby encourage, lui aussi, l'utilisation de la presse. En septembre 1976, il a invité les inspecteurs généraux de l'Instruction publique à « souligner l'intérêt de l'usage pédagogique de la presse », et à prévoir des stages d'initiation à cette pédagogie ; le ministère s'engage à réaliser des documents à cette fin.

Un groupe de travail paritaire, créé en décembre 1977 avec les éditeurs de journaux intéressés, remet un premier rapport dans le courant de mars 1978. Il recommande de développer en classe les exercices susceptibles d'« apprendre aux élèves à lire la presse », de faire d'eux « des lecteurs avertis et libres » grâce à la « connaissance des sources d'information, à la distinction entre les faits et leur interprétation ». Il préconise d'inscrire, dans les programmes des activités d'éveil de l'école primaire, une information sur la presse et, au collège, de consacrer à celle-ci des « thèmes spécifiques d'étude », ainsi que de fournir plus systématiquement aux maîtres documents et stages d'information.

Les rapports parents-enseignants aux congrès Lagarde et Cornée

Le 59e congrès de la Fédération Lagarde (440 000 adhérents) se tient à Royan du 4 au 6 mai 1978 pour réfléchir sur son thème favori le dialogue parents-enseignants pour les élèves. Mais une préoccupation majeure domine les débats : les lacunes importantes constatées tout au long de l'année dans l'application de la réforme Haby. La PEEP s'affirme décidée à obtenir du nouveau gouvernement « des engagements publics » pour que les objectifs de la réforme soient enfin respectés.

Une semaine plus tard, le congrès Cornée (1 100 000 adhérents) s'ouvre à Limoges (13-15 mai) sous le signe de la morosité. Dès l'ouverture, son président Jean Cornée, réélu pour trois ans, donnait un ton nouveau aux débats ; le combat pour la laïcité perd de son importance au profit d'un retour à l'enfant, de la concertation parents-enseignants ou, plus précisément, des rapports entre la FCPE et le puissant syndicat des instituteurs.

Un manager chez les enseignants

Christian Beullac, qui remplace René Haby au ministère de l'Éducation dans le nouveau gouvernement du 3 avril 1978, n'est pas le premier ministre à passer du Travail à l'Éducation, du 127 au 110 de la rue de Grenelle : Joseph Fontanet avait déjà fait le même trajet en 1972. Christian Beullac n'est pas un professionnel de la politique. Ce polytechnicien, cet ingénieur de cinquante-quatre ans a été appelé deux ans plus tôt au ministère du Travail comme technicien : après quelques années au ministère de l'Industrie, puis au Commissariat général au Plan, sa carrière s'est confondue, depuis vingt ans, avec la Régie Renault, dont il est devenu le directeur général et le numéro deux. Ce manager, attelé à la rude tâche de diminuer le chômage et d'atténuer ses conséquences, n'aura réussi qu'à en réduire les chiffres, sans guère toucher à la réalité, en lançant une campagne contre les faux chômeurs, en retardant l'inscription des demandeurs d'emploi sur les listes. Cette opération a achevé de détériorer ses relations avec les syndicats ouvriers, ses interlocuteurs habituels : le ministre du Travail a souvent paru mieux comprendre les difficultés des chefs d'entreprise que celles des salariés. Christian Beullac a déjà eu l'occasion d'examiner les problèmes de formation : le pacte national pour l'emploi, qu'il a conclu en 1977, a permis à 200 000 jeunes gens de compléter leur formation et peut-être de mettre le pied à l'étrier en suivant des stages pratiques ou des stages de formation en entreprise. Mais le nouveau ministre, en recevant les syndicalistes et les représentants des Fédérations de parents d'élèves, en s'affirmant également prêt à assouplir l'application de la réforme, se fait bien accepter. Et André Henry a pu qualifier sa rencontre avec Christian Beullac « d'encourageante ».

Polémiques électorales mais pas de conflits durs

À la rentrée 1977, la menace de boycottage de la réforme Haby, lancée quelques mois plus tôt par les plus importants syndicats de la Fédération de l'éducation nationale, tourne court, et, malgré les récriminations traditionnelles contre les insuffisances du budget, aucun ordre de grève n'est lancé.