Les Américains n'en posent pas moins, avec succès, les jalons d'un avenir meilleur. Les deux Viking qui sont sur Mars et leurs modules satellisés autour de la planète rouge ont fini d'engranger leur moisson de découvertes. Et, déjà, l'attention se porte sur d'autres jumeaux partis explorer les grosses planètes beaucoup plus lointaines.

Voyager 2, sonde de 820 kg, est lancé le 20 août 1977 et mis sur une trajectoire qui l'amènera à survoler Jupiter le 9 juillet 1979. Voyager 1 est lancé le 5 septembre avec une vitesse initiale qui constitue un record absolu pour un engin construit par l'homme : 54 216 km/h. Aussi sa trajectoire sera-t-elle plus tendue que celle du premier engin, et celui-ci, bien qu'il se trouve déjà à 14 millions de kilomètres de la Terre, sera dépassé, ce qui explique qu'on lui ait attribué le numéro 2.

Voyager 1 survolera Jupiter le 5 mars 1979 et photographiera la planète et une partie de ses satellites. Puissamment accélérée par l'attraction de Jupiter et déviée, la sonde se trouvera relancée, à 50 400 km/h, sur une orbite nouvelle qui lui fera survoler Saturne en novembre 1980, après un voyage de 2,2 milliards de kilomètres. Le même effet de tremplin gravitationnel agira sur Voyager 2, mais, après le survol de Jupiter (juillet 1979), la sonde se trouvera lancée sur une orbite qui la conduira à survoler d'abord Saturne (août 1981), puis Uranus (janvier 1986).

Les Français, eux aussi, participent à trois expériences du programme Voyager : proportions d'hydrogène et d'hélium dans l'espace interplanétaire, interaction des planètes avec ce milieu, composition de l'atmosphère de Jupiter, de Saturne et de certains de leurs satellites.

Il convient de ne pas oublier Pioneer 11 (Journal de l'année 1974-75), qui poursuit son voyage et doit survoler Saturne en septembre 1979.

1978 sera aussi une année vénusienne : une dizaine d'engins – des Pioneer américains et des Venera soviétiques – partiront à l'assaut de cette planète encore mal connue.

Retombée des épaves

Les petits satellites se désintègrent dans l'atmosphère, quasiment volatilisés par la chaleur qu'engendre leur frottement avec l'air à très grande vitesse. Les grosses épaves sont, en principe, munies de moyens qui permettent de les désintégrer et de les faire tomber là où elles sont peu dangereuses (généralement dans certaines régions du Pacifique). Mais tous les engins ne sont pas pourvus de ces moyens qui, parfois, peuvent tomber en panne. En fait, la chute des débris des satellites est très courante (Journal de l'année 1974-75), mais c'est le genre de chose auquel personne ne pense. D'où le bruit fait autour de la retombée des débris du satellite soviétique Cosmos 954 dans les étendues enneigées du Canada. La nouvelle tait d'autant plus sensation que l'on parle d'un satellite atomique. Nombre d'engins spatiaux ont, comme source d'énergie électrique, un générateur isotopique, fondé (comme celui des pacemakers des cardiaques) sur la chaleur dégagée spontanément par les isotopes radioactifs, ou bien par la fission d'atomes dans une petite charge de carbure d'uranium. Après vingt ans d'expérience, le problème de la retombée des épaves n'a pas encore reçu de solutions définitives. Et, parmi les chutes les plus spectaculaires, notons :

– 22-IV-1964. Un satellite américain Transit à générateur isotopique (plutonium 238) se désintègre au-dessus de Madagascar ;

– en 1969. Des débris d'un satellite soviétique tombent sur un navire japonais qui se trouvait dans le Pacifique ;

– 11-IV-1970. Le gros module lunaire d'Apollo 13 (celui qui manqua son voyage sur la Lune) tombe dans le Pacifique avec son générateur au plutonium 238 ;

– 11-I-1975. Le second étage d'une fusée Saturn V, une épave de 40 tonnes, se désintègre dans l'atmosphère. Les débris arrosent une zone qui va des Andes et de l'Atlantique à l'océan Indien, en passant par le détroit de Gibraltar, le Sahara et Madagascar.

Après tout le bruit fait autour de la chute du satellite soviétique, les Américains sont fort ennuyés : leur station orbitale Skylab (Journal de l'année 1972-73) va faire sa rentrée dans l'atmosphère. Or, il s'agit d'une épave de 80 tonnes, la plus grande, et de loin, qui nous ait menacés. Aussi, les experts étudient-ils les moyens de transférer la station sur une orbite plus haute. Le temps ainsi gagné permettrait à la future navette spatiale d'atteindre Skylab et d'organiser un processus de rentrée sans danger.

Enterprise

Les essais du troisième étage de la navette spatiale (Journal de l'année 1976-77), Enterprise, se sont poursuivis avec succès. Après 8 vols captifs (l'appareil demeurant fixé sur le dos d'un avion porteur Boeing 747), le premier vol libre a lieu le 12 août 1977. Pour cet essai délicat, l'équipage comprend un pilote militaire, Gordon Fullerton, et Fred Haise, l'un des trois rescapés de l'Apollo qui, endommagé par une explosion, avait regagné la Terre dans des conditions précaires (Journal de l'année 1969-70).