Pour le reste, il faut noter quelques tentatives honorables, même si elles n'ont pas eu la suite attendue : la série de Claude Massot sur les Indiens d'Amazonie (Une autre vie) remettait en cause la civilisation importée d'Europe et son influence néfaste sur un peuple jusque-là préservé. Malheureusement, le téléspectateur n'a vu que quatre des cinq films de ce reportage passionnant. De même, le film de Jacques Ertaud d'après le roman de Guy Lagorce Ne pleure pas, diffusé la veille de sa sortie dans les salles de cinéma, n'a pas, malgré l'incomparable jeu de Charles Vanel, attiré d'autres spectateurs. Le public resterait-il partisan de la séparation des genres ?

Bonne année, somme toute, pour TF1. Un bon crû même, pour faire enfin allusion à l'excellent documentaire de Jean-Claude Bringuier sur La vigne et son vin dans une série Provinciales. L'équilibre est tenu, les promesses également. Il y eut même, conformément à la loi, un changement de président : Jean Cazeneuve parti, Jean-Louis Guillaud lui a succédé sur la pointe des pieds. C'était le 1er janvier 1978. Personne ne l'a vraiment remarqué.

A2 : de grandes soirées

En dire autant pour la turbulente 2e chaîne est difficile. Dès ses débuts, la société de Marcel Jullian était, paraît-il, vouée aux scandales, aux désordres de l'improvisation, aux gaspillages de saltimbanques en liberté. Il n'en a rien été malgré la persistante rumeur. Antenne 2 a, pendant trois ans, contribué, aux dires de nombreux amoureux du petit écran, à la recherche de voies et de voix nouvelles, dans une attitude souvent courageuse en face de l'intolérance ambiante.

Passons sur le passage de TF1 à Antenne 2 de Jacque Martin et de son équipe. Cet événement n'en est pas un dans la mesure où l'officiant n'a fait que reprendre ses recettes d'antan pour n'en changer que la sauce ou ajouter à ses matinées dominicales quelques ingrédients faciles : enfants qui chantent les succès des vedettes (L'école des fans) ou concours musical (Pom Pom Pom).

Testament

L'enquête sur la santé mentale d'un pays au-dessus de tout soupçon a été d'une tout autre portée. Daniel Karlin, le réalisateur d'une précédente série très appréciée sur Bettelheim, devait, trois semaines durant, tendre aux Français un miroir sur leur psychiatrie, leur attitude devant le monde des handicapés mentaux et des condamnations implacables dont ceux-ci sont l'objet, en toute innocence, bien avant leur naissance (23 octobre - 7 novembre).

Les programmes de fin d'année constituent pour l'équipe de Marcel Jullian une sorte de testament : distraire dans la diversité et susciter la réflexion. Dès le 16 décembre démarre une évocation de la vie d'Offenbach (Les Folies Offenbach). Michel Serrault y tient magistralement le rôle du grand divertisseur du Second Empire. Dans Banlieue sud-ouest d'après René Fallet, Paul le Person et Maurice Biraud évoquent des souvenirs qui datent de l'Occupation. Le 20 décembre, Denis Manuel incarne Louis XI, qui porte en sous-titre La naissance d'un roi. Frédéric Rossif donne une suite à son Opéra sauvage, tandis que Bernard Pivot, dans un Apostrophes spécial, rend visite à l'écrivain Albert Cohen qui accepte de le recevoir dans sa retraite genevoise.

Sur ces grandes soirées, Marcel Jullian quitte donc, comme prévu, la présidence d'Antenne 2. Maurice Ulrich, haut fonctionnaire du quai d'Orsay, le remplace. Le style est différent, mais le nouveau président garde les mêmes collaborateurs et poursuit l'œuvre commencée dans le même esprit que son prédécesseur, semble-t-il. Il faudra cependant attendre des mois pour voir l'effet du changement, puisque les programmes sont alimentés, pour plusieurs mois, des commandes du président sortant.

Ainsi, 1788 de Maurice Failevic, séduit, le 28 mars, les amateurs d'histoire : il s'agit d'une photographie du monde paysan la veille de la Révolution. Pour la première fois, en effet, au cours des Dossiers de l'écran, les historiens qui participent au débat saluent, à l'unanimité, la qualité et le sérieux de l'œuvre projetée.

Rivalité

On parle beaucoup de guerre entre le cinéma et la télévision. Celle-ci, accusée de vider les salles en retenant les gens chez eux, n'en est pas moins l'une des affiches publicitaires les plus prestigieuses. Antenne 2 y ajoute la remise annuelle des Césars, qui entend donner un pendant européen aux célèbres Oscars.